« The Shape of Water », et on se retrouve d’emblée projeté dans l’univers fantastique de Guillermo Del Toro! L’histoire se passe dans les années 60 en pleine guerre froide. Elisa, jeune femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental ultra secret traverse telle une ombre cet espace de travail sans que personne ne lui prête regard, attention, n’était-ce sa collègue (Octavia Spencer) qui l’aide, la couvre, n’hésite pas à disputer les autres collègues pour la défendre. Elisa est muette, et mène une vie tout à fait ordinaire ponctuée par son réveil le matin, le trajet pour aller à son travail, pointer, son déjeuner… des gestes de tous les jours, la routine. Son monde intérieur cependant est riche, foisonnant de rêves, de fantaisie, de ses petits pas de danse qu’elle s’amuse à esquisser.

Tout bascule le jour où elle croise le regard du « monstre » aquatique mi-homme mi-poisson, amené au laboratoire pour être « étudié ». Il est appelé « l’actif », et on ironise sur son statut de dieu et vénéré comme tel dans la contrée lointaine d’Amérique du sud où il a été capturé. Une rencontre fortuite, un regard profond entre Elisa (Sally Hawkins) et le « monstre » aquatique (Doug Jones), sublimes tous deux, et c’est le coup de foudre qui va provoquer un bouleversement, une rupture brutale  dans cet environnement catégorisé dans lequel chacun doit rester à sa place, et veiller à la maintenir, à respecter l’ordre établi. Deux mondes qui se côtoient tous les jours dans le même espace sans réellement se rencontrer, se connaître. Cette rupture sort les personnages de leurs rôles assignés. Pour les uns, c’est leur humanité qui se révèle dans toute sa splendeur pour aider Elisa dans sa folle entreprise, mais est-elle si folle que cela finalement ? Pour les autres, c’est la violence aveugle ou froide qui se déploie de manière éperdue pour mettre fin à un enchaînement d’événements dont la maîtrise leur échappe. Une Amérique des minorités, (tous les personnages sont « marginaux ») en prise avec un des rouages puissant (Michael Shannon) d’une classe dominante au pouvoir démesuré, abusif, machiste, raciste qui utilise tous les moyens pour que les choses restent en l’état.

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Un flot d’émotions pures face à ce qui est immense, face à ce que l’humain a de plus grand, de plus beau, de plus précieux, son humanité. The shape of water procure un sentiment de détente, de bien-être, l’impression d’avoir vécu une belle expérience, intense de sa dimension humaine universelle. Il n’y a pas beaucoup de dialogues vu qu’Elisa est muette et que « le monstre » ne parle pas non plus, mais la charge émotionnelle est forte, bouleversante. Un tour de force réussi avec brio par Guillermo Del Toro et les acteurs dont l’interprétation est grandiose. Des personnages, sans fards ni artifices, juste souverainement humains chez qui tout passe par l’expression de la sensibilité, des émotions.  Un film merveilleusement tissé de poésie, de générosité, d’amour au sens grand, universel, et tellement beau de son humanité que l’on est heureux de l’avoir vu, qu’il nous réconcilie avec l’humanité dans ce qu’elle recèle de meilleur. Le poème de la fin du film est sublime ! L’eau et l’amour, tous deux si difficiles à définir. Ou qu’est-ce que l’eau et qu’est-ce que l’amour ? Que l’eau est partout et prend la forme de tout, et que l’amour est partout et s’incarne dans tout. Une merveilleuse histoire d’eau, d’amour qui nous grandit, qui nous fait du bien et qui continue à flotter longtemps autour de nous. Les Belles Sources