Cuba, perle précieuse des Caraïbes ! Une belle ile suspendue dans le temps, vivant en dehors du temps, presqu’en dehors du monde, incroyablement préservée.  L’impression d’un voyage vers un passé organisé en couches successives inaltérées préfigurant les diverses périodes et soubresauts d’une histoire agitée aux ramifications multiples lointaines que les architectures diverses reflètent ainsi que le métissage du peuple cubain dont l’identité est une et plurielle en même temps.

La Paella restaurant at Hostal Valencia in Old Havana © Cuba Absolutely, 2014

Il y a la splendeur de la civilisation arabo-andalouse très présente et dont on retrouve beaucoup les influences dans les formes et volumes architecturaux de nombreuses maisons, hôtels et édifices publics, souvent conçus avec de magnifiques patios agrémentés de fontaines et d’une végétation tropicale luxuriante. Les murs, escaliers, et façades sont très joliment ornés de zellije (azulejos) rehaussé parfois de belles lettres arabes calligraphiées, les plaques des rues sont également en zellije, très original!

Zelije Habana vieja (2)

On peut dire que dans Habana vieja, la plupart des édifices gouvernementaux datent de cette époque. A cette architecture se mêle celle de style colonial entre colonnes, arches, vitraux…remontant aux conquêtes espagnoles et influencée donc par les impératifs militaires et ordres religieux, architecture que l’on retrouve aussi en Algérie, le style colonial se croisant souvent quel que soit le lieu;  une autre architecture commune à d’autres villes du bassin méditerranéen avec des balcons en fer forgé servant souvent à étendre le linge comme c’est le cas dans beaucoup de villages méditerranéens. Les constructions très coquettes, et pleines de fantaisie arborent des tons vifs ou pastels, égayant joliment les rues déjà pleines de musique et de bonne humeur…

Rutilantes3

Un réel ravissement devant ces charmantes voitures rétro ayant beaucoup de « gueule » qui éclipsent complètement celles plus modernes qui, du coup paraissent fades, banales, sans aucun relief.  C’est qu’elles ont du caractère en version décapotable ou pas, avec leurs formes stylées, leurs pare-chocs chromés, leurs couleurs vives, éclatantes, leurs sièges en cuir ou simili et leurs espaces ! De véritables pièces de musée qui, souvent rutilantes, ont l’air de sortir tout droit de l’usine parce qu’entretenues avec tellement d’amour, de passion même. Les Cubains ont même monté semble-t-il, une usine de fabrication de pièces détachées pour prolonger la durée de vie de ces voitures d’une époque bien révolue! Les américains avaient bien essayé de les racheter, mais Fidel Castro s’y était catégoriquement opposé les considérant comme partie intégrante du patrimoine cubain ! Heureuse et belle résistance ! Le système D est roi à Cuba et les cubains ont beaucoup de génie dans l’art de la débrouille tous azimuts.

la havane en rythmes 2

Des rythmes et mélodies gais, colorés, festifs, telle la salsa remplissent rues et restaurants, joués par des musiciens en groupe ou en solo, tout le temps! Une joie légère, simple, sympathique, entrainante. Quelques tableaux pittoresques pleins de charme aussi avec ces superbes rocking chairs installés à l’extérieur, sur des terrasses, des verandas où vieilles dames ou vieux messieurs sommeillent, bercés par le mouvement de leur chaise à bascule qu’ils activent de temps à autre, indifférents à l’effervescence du monde qui les entoure. Incontournable aussi la fabrication des cigares, et c’est chez un tout petit producteur qui assure tout le processus de fabrication lui-même dans une cabane en bois, zinc et feuilles de bananier, et cet autre fermier tout grisonnant qui plante lui-même son café, le récolte, le sèche, le torréfie et le vend, sans aucune aide et avec des moyens traditionnels rudimentaires, ou enfin ces petites annonces mobiles, dans une place à la Havane où les gens viennent nombreux vendre un peu de tout y compris l’immobilier.

La Havane 4

Les paysages urbains ou naturels sont magnifiques ! Un dépaysement étonnant, ravissant ! Pour l’anecdote, l’on a retrouvé ces fameuses « chaines », ou « faire la chaine » fait partie de la vie quotidienne des Cubains pour des démarches administratives, ou des courses dans des supermarchés très peu garnis similaires aux anciens souks el fellah d’Algérie. Ces longues chaines humaines m’ont beaucoup émue et projetée dans une Algérie lointaine où faire la queue pendant des heures pour tout, faisait partie de la vie quotidienne. Trouver autant de parallèles aux confins des Caraïbes avec l’Algérie, le bassin méditerranéen était très émouvant parce que complètement inattendus!

Vinales Cuba2

A la recherche d’une « Cuba authentique », nous avons logé chez des familles chaleureuses, accueillantes, disponibles, simples pour la plupart d’entre elles, pour certaines très modestes, sauf une déjà largement corrompue par le gain d’argent dans cette petite ville balnéaire prospère qu’est Vinales. Les touristes y sont très nombreux, en comparaison avec Trinidad de Cuba très démunie, et qui a été longtemps coupée de tout, ce qui lui a permis de garder son authenticité, une ville d’un autre temps, vétuste mais quasi intacte, un musée à ciel ouvert aux rues toujours pavées, une ville classée au patrimoine mondial de l’humanité ainsi que la Havane, et c’est largement fondé. Le pays est pauvre bien sûr et n’a pas les moyens de préserver, de restaurer ces magnifiques vestiges du passé, même si des travaux de restauration sont entrepris dans certains quartiers, et notamment dans le centre historique de la Havane. Quand on entre dans les quartiers populaires, on voit très nettement la dégradation avancée de ce précieux patrimoine dont certaines constructions en ruine et près de s’écrouler, sont toujours habitées.

Les Cubains sont des gens simples, naturels, ouverts, hospitaliers, dignes malgré l’adversité parfois bien grande. Pour un pays qui a tenu tête à la plus grande puissance du monde, et qui a subi un embargo des plus impitoyables, il s’en est admirablement sorti, c’est propre et non bétonné, la nature y compris les fonds marins, y est bien préservée, riche et diversifiée, l’accès à l’éducation et à la santé est à la portée de tous et gratuit, et bien des maladies qui sévissent toujours dans certaines régions du monde ont été éradiquées. On peut craindre cependant que Cuba ne puisse résister longtemps au libéralisme rampant qui est déjà aux portes et même présent, à certains endroits fort peu nombreux certes.

Hot spot 2Les Cubains et particulièrement les plus jeunes d’entre eux espèrent beaucoup de l’ouverture amorcée par leur pays. Un seul « hot spot » existe à la Havane dans une large rue où le réseau est disponible, et où les Cubains viennent nombreux se connecter avec le reste du monde. Les Cubains  se débrouillent tant bien que mal et beaucoup d’entre eux arrivent difficilement à joindre les deux bouts, tel ce jeune chauffeur de taxi dont le taxi justement aurait plus sa place à la casse. Tout y est rafistolé, les portières menacent de tomber, le plancher est complètement rongé par la rouille et laisse voir la chaussée, et jusqu’au levier de vitesses grippé et grinçant à chaque passage de vitesse, en plus du moteur qui hurle à la mort. La course est de fait plus longue parce que ce jeune chauffeur essaie d’éviter toutes les grandes artères de peur de se faire arrêter. nous l’avons recroisé une seconde fois à la gare, et nous avons repris le taxi malgré notre appréhension, c’est que ce taxi est l’unique gagne-pain de ce Cubain fort sympathique et de sa famille. Pour lui, la venue d’Obama à Cuba représente l’espoir d’une vie meilleure, et il est loin d’être le seul. Désirer aussi ardemment l’ouverture du pays au reste du monde, ouverture pas très bienvenue pour les aînés, est très compréhensible, seulement Cuba y perdra probablement son âme comme tant d’autres pays que l’économie libérale et le tourisme de masse ont asphyxiés  ! Les américains surtout débarqueront en force avec leurs dollars, leurs banques, leur idéologie et concept de « monde libre » très discutable, et corrompront ce beau, ce merveilleux peuple, ça a déjà commencé !

Havana

Des moments précieux, très précieux de partage, entre l’espagnol que nous baragouinons, le peu de français que certains Cubains parlent, les quelques mots d’anglais qu’ils connaissent, No problemo ! On a même pu discuter politique avec quelques-uns d’entre eux, les chauffeurs de taxi surtout, et quand la langue faisait défaut, la gestuelle venait à la rescousse pour débloquer la communication ! Attention cependant, les cubains ne s’aventurent presque jamais au-delà du « politiquement correct », prudents, méfiants, habitués qu’ils sont à la langue de bois, à la censure et aux représailles si un mot est plus haut que l’autre, trait commun à beaucoup de pays au temps de l’Union Soviétique.

Le Che 2.jpgC’est Cuba ! Le pays du Che, icône présente partout, un mythe, une légende cubaine bien qu’il ne soit pas Cubain ! On pouvait s’attendre à voir des portraits de Fidel ou de son frère partout, à l’instar de certains pays où le culte de la personnalité est très présent, mais pas du tout ! On a vu un seul panneau sur lequel il y avait Fidel, Chavez, Mandela sur une route ! Le Che par contre, est présent partout, et les Cubains le portent toujours dans leur cœur comme sur leurs Tshirts contrairement à Fidel! Les artistes de leur côté sont très nombreux et il y a une quantité de galeries d’art impressionnante pour un si petit pays !

Quand on va à Cuba et à moins d’aller à Varadero, fief des touristes en quête de confort, de luxe, de plages paradisiaques, et quasiment absence de Cubains hormis ceux travaillant dans ces complexes touristiques, il faut compter avec une relative incertitude. Tenter de programmer tout avant le départ ne sert parfois pas à grand-chose, s’adapter est le maître mot, et ceci est surtout vrai pour les hébergements chez l’habitant qui ne sont jamais ceux prévus. On a habité à l’endroit réservé en avance une seule fois, et encore il a fallu insister, téléphoner au correspondant sur place…

Paysage-Cuba

Toutes ces petites contrariétés sont surmontables, et ne pas avoir un débit d’eau de douche abondant, ou ne pas avoir d’eau chaude, ou dormir dans une chambre autre que celle prévue et dont le climatiseur fait un boucan de tous les diables n’est pas dramatique du tout, ça fait partie de la découverte de Cuba, du peuple cubain si attachants tous les deux!

Cuba ! C’est le vieux rêve qui se réalise, un bonheur, une chance d’y être allée avant que cette belle île ne soit à jamais défigurée, dénaturée par une économie libérale, et un tourisme de masse ! Une escapade chaleureuse haute en couleurs, en senteurs, en musique, des émotions fortes pour une impression très générale de Cuba  livrée en vrac! J’y retournerais très volontiers !

Capitole Havane2

Hasta pronto !