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Si vous avez envie d’aller dans un musée qui tiendrait dans un disque dur et de vous plonger de la tête aux pieds dans un ballet d’images, de sons et de lumières, c’est à « l’Atelier des Lumières » que cela se passe !

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En effet, ce sont plus de 3000 images mises en mouvement par 140 vidéoprojecteurs qui défilent investissant l’espace de cette ancienne fonderie du XIème arrondissement de Paris dans ses moindres recoins, interstices. Au programme des artistes majeurs viennois de la fin du XIX siècle, et à l’honneur Gustave Klimt à l’occasion du centenaire de sa disparition. Les œuvres de Gustave Klimt, figure de proue de la révolution artistique et ouvreur de voie à la peinture moderne, ainsi que d’autres artistes influencés par lui tels Egon Schiele et Friedensreich, nous introduisent dans une mise en scène originale de portraits, de paysages, de nus, de couleurs et dorures, ou le survol d’un siècle de peinture viennoise.

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C’est une belle création visuelle, chatoyante de ses couleurs, saisissante même par cette immersion totale dans les œuvres des artistes projetées du sol au plafond, sous les pieds, et même dans l’eau du bassin! Le ballet présenté est assez féérique mais donne aussi un peu le tournis. On n’a bien sûr pas le temps de s’attarder sur les œuvres, le mouvement des images est rapide même s’il se focalise par moments sur un détail. Très frustrant pour les contemplateurs des vrais musées.

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Un conseil, si vous rencontrez les producteurs (Culturespaces) de ce spectacle, n’allez surtout pas leur dire que c’est un « sons et images », ils n’apprécieraient pas. Ils le définissent plutôt comme «le premier centre d’art numérique» à Paris dont la réalisation a été assurée par Gianfranco Lanuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, avec la collaboration musicale de Luca Longobardi.

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Bruno Monnier le patron de Culturespaces souhaite populariser les musées, l’art : «les musées ne touchent que 50 % de la population au grand maximum. Beaucoup de gens n’osent pas en pousser la porte. Peut-être que ceux qui ont peur d’y aller seront moins intimidés par un espace comme celui-ci». On y attend tout de même jusqu’à 400 000 visiteurs!

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A ses détracteurs pour qui « l’Atelier des Lumières » n’est qu’un grand cirque d’images, Bruno Monnier rétorque : « On organise six expositions par an dans trois établissements culturels différents. Il n’y a que la Réunion des Musées Nationaux qui en produise autant ». « C’est de la culture plaisir » qui vise à donner du plaisir, de l’émotion et pas seulement de l’intellectuel  à ceux qui sont exclus des musées, du plaisir aussi à ceux qui aiment ce type de création. Il souhaite numériser non seulement des classiques, mais inviter également de jeunes artistes travaillant directement sur le numérique.

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Il faut noter que les tarifs ne sont tout de même pas donnés, et pas non plus à la portée de ceux qui sont exclus des musées justement! C’est une création superbe de ses couleurs et qui reste à voir, mais lui donner une portée, une dimension sociale est un peu irréaliste me semble-t-il. Si l’on veut réellement que les « exclus » de la culture aillent dans les musées, il faudrait une vraie réflexion sur l’importance de la culture dans une société donnée, une réflexion de fond sur la politique culturelle menée, et une vision à long terme, parce que tel que je comprends le propos et sans vouloir le caricaturer, il y aurait les musées avec les vraies œuvres dans des tableaux sur lesquels on peut s’attarder, revenir, contempler à loisir pour ceux ayant les moyens intellectuels et financiers d’accéder à la culture…, et il y aurait les musées numériques en direction des « exclus », dans lesquels les œuvres défileraient sans qu’on les comprenne véritablement, des œuvres faciles à ingérer, déconnectées de leurs contextes historique, social, politique, psychologique…, déconnectées des courants artistiques qui les traversent… Cela ne risque-t-il pas de créer des musées à deux vitesses ? Et ces musées numériques ne seraient-ils pas un produit de consommation de plus, rapide, facile à digérer,  parce que simplifié à l’extrême, du « fast-art » en somme? Les Belles Sources

Adèle-Bloch-Bauer

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