Faiza Maghni Tutt'Art@Née à Oran en Algérie en 1964, Faïza Maghni s’est toujours passionnée pour le dessin. Elle poursuivra une formation de styliste dont elle fera son métier dans l’entreprise familiale. Son père artiste peintre amateur, et sa mère enseignante lui ont très tôt donné le goût du dessin pour l’un, de la lecture pour l’autre. Afin de parfaire sa formation de styliste, elle ira à Paris, capitale de la mode, dans les grandes maisons de couture. C’est là que le déclic aura lieu, et qu’elle se penchera sur sa vraie passion, le dessin. Elle peindra pendant de longues années avant de s’assumer comme artiste et d’assumer également de montrer, d’exposer ses créations, qu’elle qualifie de romantiques, au public : «La peinture a été pendant longtemps une envie plus ou moins inconsciente et totalement occultée qui s’est imposée tout naturellement par la suite ». Elle exposera ses œuvres pour la première fois en 2003.

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Faïza Maghni puise son inspiration dans les costumes et coiffes des anciennes miniatures persanes pleines de subtilité et de retenue, de la poésie et de la calligraphie arabes et persanes, des significations symboliques des bijoux tribaux aussi, un ensemble d’influences qu’elle s’approprie, imprègne de sa propre sensibilité, reconfigure pour créer son style et son expression propres.

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Sensible à l’autre, Faïza Maghni focalise son regard sur la fêlure, la faille, la fragilité décelées dans les visages des femmes « I look for the cracks, brittelness in her appearance or demeanor » dit-elle. Ainsi, pour les icônes et canons de la Renaissance italienne, qui ont vu leurs droits se restreindre comme peau de chagrin, et leurs conditions de vie se dégrader, elle a créé de somptueuses étoffes, de majestueuses coiffes étincelantes de lumière, de couleurs, et de douceur et les en a parées les libérant de leurs corsets étouffants, les faisant renaître à elles-mêmes. Pour Faïza Maghni, « Le caractère et la composition sont volontairement intemporels. Je cherche à créer un moment de poésie hors du temps, une atmosphère intime et feutrée. »

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L’injonction à la féminité normative qui voudrait que les femmes de par le monde soient le reflet de ce qu’elles n’ont pas choisi d’être, Faïza Maghni s’en est saisie pour célébrer la femme, en faire une force créative, créatrice. A l’instar de Baya dont elle revendique l’influence*, le monde de Faïza Maghni est peuplé de femmes qui se répliquent à l’infini et dont elle dit : «Je peins des femmes-enfants qui veulent garder une partie de cette innocence de l’enfance à mesure qu’ils grandissent. Elles peuvent aspirer à une sorte de «renaissance»provenant d’une féminité sereine et fière, souveraines de leur destin».

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Les portraits sont riches et somptueux, les couleurs belles et harmonieuses épousant avec beaucoup d’esthétique chaque détail, chaque arrondi, chaque trait. Des visages lisses aux lignes souples et douces, de grands yeux noirs, bleus, verts ou noisette dont les regards profonds, un peu mélancoliques nous traversent pour un ailleurs insaisissable, lointain, énigmatique. Des femmes présentes par leur beauté, leur élégance, le port altier de leurs coiffes volumineuses, majestueuses mais qui semblent absentes d’elles-mêmes, extérieures à elles-mêmes, à nous aussi, comme si leur beauté seule justifiait, légitimait leur existence, telles des œuvres d’art précieuses auxquelles on tient que l’on pose sur un meuble bien en vue, pour le plaisir de les regarder, sans toutefois jamais percer le secret de leur monde intérieur.

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On décèle pourtant, à bien y regarder, une certaine fragilité, une vulnérabilité, une tendresse furtive, un sentiment de vacuité, d’ennui dans un geste indolent, une coquetterie sophistiquée dans ces voiles qui découvrent pudiquement le corps sans en saisir l’âme, ou parfois une attitude de résignation, de lassitude, une timide étincelle dans un regard, ou un soupçon de hardiesse,  d’assurance. En dépit de leurs atours fastueux, ces portraits pleins de délicatesse restent sobres, réservés, pudiques.

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Faïza Maghni décline ainsi ses portraits : « Dans mes tableaux, l’ornement exprime des attitudes, parfois sévères, parfois austères, parfois insouciantes, ou encore avec une certaine majesté […] souvent, je crée une exagération pour exprimer ma propre intensité. Parfois, le costume peut être une armure impressionnante et d’autres fois une sorte de lumière et d’écran qui cache ou révèle ».

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Des émotions, des impressions et des sentiments flottent autour de ces femmes sans vraiment les atteindre, les toucher, les révéler complètement. Paradoxalement, Faïza Maghni semble vouloir élever cette « femme-enfant » au rang d’adulte pour l’anoblir, la mettre sur un piédestal, la célébrer tout en répondant aux normes qui lui sont imposées autrement dit une femme sage, lisse, respectueuse du carcan social dans lequel elle a été enfermée, et intégrant la douleur visible ou invisible générée.

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Faïza Maghni exprime ce paradoxe dans ses portraits en parant les femmes aux longs cous de colliers qui les emprisonnent. Ces «colliers» sont non seulement intégrés par les femmes qui les portent, mais elles les perpétuent elles-mêmes à travers les temps, une boucle sans fin, ou le parallèle avec «les femmes girafes» de Birmanie ou d’Afrique qui se conforment aux critères, aux normes imposées tout en intégrant la douleur qu’ils occasionnent. C’est ce que Pierre Bourdieu appelle la violence douce ou symbolique qui s’exerce sans heurt apparent, et avec le «consentement» de la personne qui en fait l’objet. Des colliers comme symbole de beauté mais aussi de cruauté contrainte comme le souligne Faïza Maghni. Un cycle aliénant de pressions familiales et sociales que Faïza Maghni recompose pour faire résonner différemment ses femmes intemporelles.

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L’ornement devient ainsi parure ou armure, mais aussi une belle composition poétique empreinte d’une atmosphère intime et intimiste. La démarche de Faïza Maghni dans l’expression abstraite rejoint celle de ses portraits : une forme de clin d’œil, d’hommage à l’univers féminin constituant, à l’image de l’Algérie, un mélange paradoxal de traditions et de modernité, et dans lequel la femme algérienne aujourd’hui, est une femme contemporaine qui puise sa force dans son passé pour aller de l’avant et œuvrer pour l’avenir. Les Belles Sources

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Expositions
  • Mars 2003 : art/La Madeleine 2003
  • Mars 2003 : Vent et création – Atelier Z – Paris
  • Mai 2003 : Mai des artistes – Argenteuil
  • Juin 2003 : Vingt ans Barakat – Salle Reuilly Diderot – Paris
  • Novembre 2004 : Exposition personelle – Galerie Europa – Paris
  • Mai 2005 : Made in Art – Galerie Montmartre – Paris
  • Novembre 2005 : Exposition individuelle – Galerie Europa – Paris
  • Décembre 2005 : Made in art – Viaduc des arts – Paris
  • Juin 2006 : Made in Art – Galerie Montmartre – Paris
  • Novembre 2006 : Exposition individuelle – Galerie Orsel – Paris

* Voir article « Sur les traces de Baya » publié précédemment sur les Belles Sources

Ressources

http://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com

http://www.thecasbahpost.com

http://www.europia.org

http://www.combustus.com

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