Une très belle rétrospective des artistes plasticiens algériens que Mohammed Mediene nous présente de manière non pas exhaustive mais très intéressante et instructive. Cette présentation situe en effet les artistes au cœur de la conjoncture sociale, économique et politique ce qui contribue à comprendre leur travail, l’élaboration de leur pensée, de leur expression étroitement travaillée par le contexte de son émergence. Mohamed Mediène part ainsi des créations artistiques de la première moitié du XXè siècle à nos jours. De l’effet d’ensemble se dégage un véritable portrait artistique, reflet des visions, sensibilités et styles divers des artistes en prise avec l’histoire de l’Algérie. L’expression artistique est tout à la fois mémoire, rêve prospecteur, et espace de liberté. Elle est remembrement, exhumation du patrimoine, et inscription dans une quête identitaire ou la réappropriation de certaines formes graphiques originelles. Les revivifier, s’en enrichir et les enrichir, insuffler un nouvel élan, une liberté qui bouscule les repères et signes pour leur redonner une nouvelle dimension, une nouveau souffle, une nouvelle dynamique est ce qui caractérise leur démarche….

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Mohamed Racim (1896-1974), Le Paradis

A travers ce superbe portrait, Mohamed Mediene fait ressortir et c’est heureux, la forte résilience des artistes algériens confrontés à une grande adversité due à une actualité sociale et politique très tendue, violente de l’histoire de l’Algérie allant de la période coloniale à celle plus récente. Au plus fort de la tourmente, les artistes n’ont eu de cesse de questionner leur art, de le remettre en question, de le renouveler, alors même que leur existence, leur vie, leur art étaient eux-mêmes remis en question, des stigmates et des traumatismes qu’il a fallu surmonter, exorciser à travers l’expression artistique. En un demi-siècle, les artistes plasticiens algériens sont arrivés à intégrer fortement leurs voix aux dialogues des expressions contemporaines. La présentation de Mohamed Mediene comporte deux parties. La première est présentée sur cette page, la seconde partie pourra être lue sur son blog. Les œuvres artistiques présentées sur cette page peuvent différer de celles présentées sur le blog de Mohamed Mediene. Mon choix a été de présenter en effet quelques-uns des artistes de la première heure, les précurseurs de la peinture contemporaine algérienne et jusqu’aux années 30. Le choix des artistes et de leurs œuvres s’est fait sur ce seul critère. Quelques-uns des artistes seront présentés de manière plus complète sur cet espace ultérieurement.

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Omar Racim, (1884-1959), Le lendemain de noces, Pinterest

Pour finir cette petite introduction, je laisse la parole à Tahar Djaout, brillant homme de lettres, écrivain et poète, assassiné comme tant d’autres intellectuels et artistes algériens pendant la « décennie noire ». Lui qui aimait tant les arts nous parle de sa conception de la peinture dans le premier extrait, et du « noyau » de ses romans dans le deuxième extrait :

« La vraie peinture n’entretient aucune relation avec la signification utilitaire des choses qu’elle représente. Les choses sont arrachées à la gangue des significations arrêtées, lavées de leur longue servitude, observe-t-il à propos de Martinez : Le peintre livre un combat incessant avec le répertoire des convenances pour arracher le plus de choses à leur identification figurative/réductrice. Jusqu’ à ce que notre environnement tout entier se départe peu à peu de ses étiquettes et de ses barrières (qui cloisonnent les éléments dans une appellation inamovible) pour redonner leur liberté aux signes, aux objets et aux sensations. » Ainsi, pour Tahar Djaout, la peinture ne saurait être seulement un reflet des visions formées au préalable par le réel. Le peintre ne fait pas “la photocopie de la vie”, mais bien plus, il voit plus loin. Il brouille les évidences conventionnelles de la perception spontanée, désoriente, égare le regard, va à contre-courant de l’élan qui le porte vers les reconnaissances sécurisantes. Pour Tahar Djaout, le pouvoir extrême de la peinture est de construire, d’informer des visions inédites, d’ouvrir de nouveaux accès à la réalité. 

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Abderrahmane Sahouli (1815-2011), founounart

« Je crois que l’univers mental de mes romans possède une sorte de noyau : un enfant regarde une rivière et rêve de changer le monde. Pour moi, écrivain, l’enfant n’est pas seulement l’âge de l’homme, c’est aussi l’âge du monde. Tout homme en général, tout artiste en particulier, possède en son enfance un trésor d’émotions et de souvenirs. Je trouve que l’enfance est l’âge où l’homme fait le moins de concessions. C’est l’âge non seulement où il est le plus beau, le plus agile, le plus intéressant, mais celui où il est le plus courageux. L’enfant, en un mot, est beaucoup plus sérieux que l’adulte. […] il est évident que la blessure de la fin de l’enfance est une blessure que je porterai toujours béante en moi. » (El Watan 11 avril 1991). Les Belles Sources

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Azouaou Mammeri (1886-1954), hello cotton

La peinture algérienne moderne

Première partie

La peinture algérienne moderne s’est longtemps nourrie d’une pratique liée à l’art de la couleur et du signe – tapis, poterie, dinanderie, bijoux de nacre et d’argent. C’est ce qui frappe Matisse lorsqu’il découvre à Biskra, en 1905, le travail des artisans du sud algérien, maîtres de la couleur vive et du dessin géométrique érigés en langage pictural. C’est là, pendant ce voyage, que Matisse saisit ce qu’est le fondement de sa peinture. Une tapisserie colorée faite de dessins primaires qui bouleverse la conception de la chose peinte en simplifiant la représentation des formes. Quand s’annoncent les premiers peintres algériens, la révolution matissienne n’a pas encore porté tous ses fruits. Comme pour Picasso et l’Art nègre les résistances académiques sont rudes, bien plus à Alger qu’à Paris.

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Hacène Benaboura (1898 1960), Vue du port d’Alger, peintres du monde centerblog

Au début du siècle dernier les frères Racim, Omar et Mohamed, s’adonnent d’abord à la miniature, genre considéré peu subversif. Mohamed excelle à montrer des scènes d’un passé idéalisé, puis s’arrache au rôle dans lequel veulent le confiner les Ateliers d’arts indigènes. Il s’éloigne de la tradition perse et byzantine de la miniature en « algérianisant » ses sujets et rompt avec la pratique de l’anonymat en signant désormais ses œuvres. En l’absence d’un public qui aurait pu l’encourager, sa démarche rencontre peu de succès malgré le contrat signé avec l’éditeur Piazza. Racim se tourne alors vers la peinture de chevalet avec d’autres artistes dont Abdelhalim Hemche, Hacène Benaboura, Azouaou Mammeri, Miloud Boukerche. Sans grande réussite là aussi mais une brèche s’est ouverte par où les futurs peintres algériens s’affirmeront en tant que tels.

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Abdelkader Guermaz (1919-1996), Composition 1970, galerie Claude Leman

Ainsi Abdelkader Guermaz, le peintre à la double palette et aux centres d’intérêts affirmés (musique, écriture), qui tente de réunir dans sa démarche solitaire – il ne fait partie d’aucune école, d’aucun cercle – le concret du monde et les richesses du soufisme qui le nourrissent depuis son enfance oranaise. Exilé volontaire à Paris où la fille de Georges Rouault met à sa disposition une chambre-atelier, il édifie toile après toile une œuvre majeure aux fondations solides sans lesquelles, dit-il, rien ne peut se faire, rien ne peut durer. Ses tableaux, aujourd’hui objets de recherches, se partagent entre abstraction et semi figuration, deux pôles parents par leurs traitements mais éloignés par leurs finalités. On peut dire, pour souligner la stimulante complexité de son travail, qu’il y a un Guermaz faussement abstrait qui se repose sur un alter ego faussement figuratif.

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Abdelhalim Hemche (1906-1978), Place du Gouvernement, Alger by  Blouin Art sales

Une esthétique liée à la situation politique de l’époque qui marginalise ce petit groupe de peintres s’ébauche alors, hésitante encore car très marquée par la figuration orientaliste. Des thèmes plus sociaux, moins anecdotiques, émergent qui parlent de cette Algérie de la marge qu’accompagnent de leur sympathie agissante des artistes comme Sauveur Galliéro, René Sintès, Jean de Maisonseul, du poète Jean Sénac ou du libraire-éditeur-galeriste Edmond Charlot.

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Jean de Maisonseul (1912-1999), Indépendance 1962, Les amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun…

Au début des années 1950, une nouvelle génération de peintres fait parler d’elle tels Choukri Mesli* , M’Hamed Issiakhem « l’œil de lynx au gosier d’océan »,  Mohamed Khadda, Mohamed Temmam, Ali Ali-Khodja, Abdellah Benanteur, Bachir Yellès alors qu’en littérature Kateb Yacine, Mohamed Dib, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Malek Haddad sont publiés. Une remarque en passant : l’antagonisme qui oppose dans l’écriture Arabophones et Francophones n’existe pas en peinture. Au contraire. Et cette complémentarité, pour ne pas dire complicité, confère à la peinture algérienne l’une de ses singulières qualités.

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Galliero Sauveur (1914-1963), Interieur de maison mauresque, ADNsolution

Ces peintres témoignent d’une réalité sociale, la leur, dominée par une injustice d’Etat. Ils réagissent contre l’image folklorique d’eux-mêmes diffusée par la peinture orientaliste, mais pas seulement, et s’emploient à rétablir leur véritable visage. Leurs œuvres s’inscrivent aussi bien dans le registre de la figuration que dans celui de la représentation déconstruite comme chez Khadda qui intègre dans ses compositions des lettres stylisées de l’alphabet arabe et berbère utilisées, non comme élément linguistique, mais comme objet plastique. La calligraphie, l’une des pratiques heureuses de l’art, fait ainsi retour dans l’élaboration de l’œuvre peinte – mais sans sa dimension signifiante. L’univers chromatique de Khadda est dominé par les bruns : brun de la terre, brun des incendies éteints, brun des peaux, brun des végétations sèches, brun des ombres. Dans la même lignée mais un peu plus tard, ce travail sur la lettre vidée de son sens littéral, s’observe chez Rachid Koraichi* ou Mehjoub Ben Bella, qui bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance internationale. Quant à Issiakhem, peintre de la figuration subjective, torturée, il dévoile dans ses toiles, en jouant sur les ocres et les bleus, toute la gamme des bleus, la souffrance et la violence qui caractérise selon lui la vie des femmes d’Algérie. Le peintre brosse leur portrait en insistant particulièrement sur le regard, celui qui n’est jamais vu et jamais dit. Ce regard de silence douloureux que l’on peut rencontrer aussi dans le travail du photographe Marc Garanger. La place occupée par Issiakhem dans le Panthéon de la peinture algérienne tient, au-delà de son génie, à sa vie de manchot aux colères redoutées dans les bars d’Alger et d’Oran où il allait étancher ses soifs libertaires. Son influence, l’homme et l’artiste, a marqué toute une génération de peintres au parcours inégal et parfois tragique comme celui d’Abdelouhab Mokrani.

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Ahmed Benslimane (1916-1951), marenostrum

Ces peintres, qui ont la trentaine au début des années 60, en empruntant au fonds pictural occidental ses procédés techniques, puisent dans le substrat culturel qui les a nourris et façonnés des motifs qui les rattachent à leur histoire. Ils réalisent de la sorte la synthèse entre les techniques modernes de l’activité plastique et leur univers marqué par la présence du signe et du symbole, de la couleur et de la forme.

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Mohamed Temmam (1915-1988), auction.fr

Un destin exceptionnel bouleverse la vie d’une très jeune femme, Baya*, qui la met en contact avec de grands artistes grâce au mécène Aimé Maeght. Avec l’aide de son mentor qui lui présente André Breton, elle expose dans une galerie parisienne ses œuvres dont la facture naïve, très « art brut », plaît aux surréalistes. C’est à cette occasion que Picasso, intéressé par l’originalité de Baya, la prend un moment sous son aile. Elle poursuivra jusqu’à sa mort en 1998 à Blida, sa ville natale, une œuvre plastique singulière, mais répétitive, où transparaît, à la fin de sa vie, malgré l’éclat de ses couleurs, l’horreur fratricide qui endeuillait l’Algérie dans les années 1990.

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Miloud Boukerche (1920-1979), Personnage oriental, artnet

Après les années 1960, dans le souffle d’une liberté assez vite prise en otage, les peintres accèdent aux cimaises des musées hérités de la période coloniale. Des expositions sont organisées qui montrent à un public de constitution récente les œuvres d’artistes qu’il ne connaissait pas.

L’école Nationale des Beaux-Arts d’Alger sous la direction de Jean de Maisonseul ouvre des annexes dans les grandes villes d’Algérie. La villa Abdel-Tif, sorte de villa Médicis imaginée par Jean Alézard au début du siècle dernier, reçoit en résidence des peintres nationaux ou internationaux.

Un débat d’idées agite à cette époque les femmes et les hommes de culture. Le monde des marges fait entendre sa voix et pose tout ensemble, aux peintres et aux écrivains, la question de la fonction de l’art et de son utilité – question à laquelle Sartre avait déjà tenté de répondre.

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Bachir Yellès (1921), Buste de femme, ADN solution

Des associations qui regroupent des peintres de même sensibilité se constituent. La principale, l’Union Nationale des Arts Plastiques, fondée au lendemain de l’indépendance par les artistes « historiques » est rapidement récupérée par le pouvoir. Elle bénéficie des facilités offertes par l’Etat, et devient naturellement le vivier de la peinture officielle. Les voyages, les bourses à l’étranger, les commandes publiques sont d’abord distribuées à ses membres. En contrepartie de ces avantages les artistes devaient glorifier, avant toute chose, la guerre de libération et au-delà, le Système. Ils avaient pour tâche aussi d’embellir un passé réduit à l’ère arabo-musulmane, effaçant de ce fait une partie de la mémoire du pays, faisant paradoxalement sienne la vision de l’Histoire imposée par la colonisation. Cet art de parti-pris, inspiré du réalisme socialiste, appauvrit la veine créatrice des peintres qui y adhèrent. La transformation de la société algérienne attendue par la mise en place des révolutions agraire et culturelle fascine de nombreux artistes, dont les sculpteurs. Des œuvres de circonstance, souvent médiocres, sont conçues sur le lieu même du déroulement des plus emblématiques de ces révolutions. L’UNAP, dès lors, se vide progressivement de ses adhérents les plus marquants qui reprennent leur liberté de créer.

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Ali Ali-Khodja (1923), Fabuleuse apparition, Acryom

D’autres peintres, plus récalcitrants aux mots d’ordres politiques, opèrent une incursion dans le domaine magique du signe et du tatouage, exhumant de l’oubli les racines d’un peuple aux ancrages et aux croyances multiples. Ce groupe, désigné par le terme Aouchem (tatouages), est mené principalement par Mesli, Baya, Zerarti, Bendebbagh et Martinez. Il fouille au plus profond de l’imaginaire populaire et offre à un public, parfois dérouté, des pistes pour renouer avec la mémoire première.

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Mohamed Bouzid (1929), radioalgérieDZ

La peinture de Mesli occupe dans ce groupe le versant païen des origines, quand la langue se parlait en tifinagh. La Méditerranée et ses mythes habitent ses scènes où le bonheur de vivre fait vibrer, dans une fête éternelle, le corps couleur d’ambre des femmes aux hanches de danseuses. Peintre de la joie de vivre, de la sensualité partagée, de l’utopie heureuse, Mesli nous parle dans ses grands tableaux d’un monde qui a été et qui n’est plus, le monde de l’innocence perdue.

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Mohamed Khadda (1930-1991), Limag.refer.org

La plupart de ces artistes enseignent à des étudiants de plus en plus nombreux à l’E.N.B.A., où leur influence est grande. A côté de ces peintres en herbe qui suivent les cours de l’E.N.B.A. ou ceux des grandes écoles d’art de Paris, Florence, Moscou, Bruxelles, La Havane ou Madrid, se développe un art autodidacte d’une grande puissance dont l’une des figures est représentée par Djamel Bellakh, l’ermite de Aïn Touta. Cet artiste propose dans son œuvre une vision désespérante du monde où le rêche, le coupant, le pesant dominent dans des tonalités sombres. Matiériste et physique, travaillant de ses mains autant qu’avec l’outil de l’ouvrier, Bellakh donne souvent l’impression de sculpter ses toiles qui invitent au toucher. Il construit depuis plus de 40 ans une œuvre sombre, fermée à l’espérance, qu’aucune actualité n’a contredite. Peintre littéraire, les passerelles qu’il tend entre son mode d’expression et l’écriture sont nombreuses et fécondes : elles permettent cette circulation de sens si nécessaire à l’art que Baudelaire énonce dans ce vers de Correspondances : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » L’homme inventé par Bellakh est décrit sans complaisance, ses impuissances sont dites comme sont parfois indiquées les voies qui lui permettraient de le sauver. Mais là encore, en voyant lucide, il avoue son scepticisme. Le bonheur n’est pas à l’ordre du jour, nous rappelle-t-il d’œuvre en œuvre. Dans la même lignée, en France, se formant à l’école de la quête et du tâtonnement, Kamel Souahlia, sous le regard des maîtres qu’il s’est choisi, s’aventure dans ses toiles dans le vertige des bleus et des ocres pour composer une œuvre aujourd’hui inclassable.

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Abdallah Benateur (1931-2017), Barjeel art foundation

Parmi les sculpteurs je nommerai Mohamed Boukerche, Demagh et Bouhadjaj. Je retiens, ce n’est qu’un exemple, Bouhadjaj. Après plusieurs voyages en Europe, il retourne en Algérie où il décide de se consacrer à la mise en « formes », au milieu d’une fantastique forêt minéralisée, du monde préhistorique dessiné sur les parois des grottes du Tassili. A partir d’une armature de fer et d’un ciment fait de sable, de terre rouge, de sciure et de colle, Bouhadjaj façonne une population composée de femmes et d’hommes qui évoquent les personnages de Giacometti. Tout un peuple à demi nu, que le sculpteur modèle, fait surface dans une quotidienneté mêlant les scènes de guerre, de chasse, de danse ou de cueillette.

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Mohamed Aksouh (1934), Thakafat

Les miniaturistes, si peu enclins à déroger aux règles strictes de leur art, introduisent dans leurs œuvres les paysages et les scènes de la vie paysanne de Kabylie, des Aurès, de l’Oranais ou des splendides paysages sahariens. Un romantisme social proche de la pensée hugolienne parcourt une frange importante de la production picturale des années 1980.

Au fil du temps les espaces culturels se multiplient pour accueillir, comme autant de lieux de consécration, des expositions et des performances. Galeries (Racim à Alger, M. à Oran), Centres culturels étrangers, Maisons et Palais de la culture, Bibliothèques, nouveaux Musées contribuent à familiariser le public des grandes villes à la peinture suscitant l’émergence de collectionneurs d’art. A défaut de revues spécialisées, la presse généraliste se fait l’écho périodiquement de la tenue des salons, festivals et biennales à l’issue desquels des prix sont décernés.

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Ismaïl Samson (1934-1988), Embrun bleu, Blog mmediene

Une nouvelle esthétique soutenue par un langage libéré des pesanteurs idéologiques s’impose par ses audaces : détournement du signe religieux à des fins profanes, utilisation de matériaux à usage commun, contestation des normes académiques, retour au mythe de l’Ancêtre reconnu comme le plus authentique des maîtres. « Tout démolir pour mieux repartir », tel est le mot d’ordre de cette nouvelle génération de peintres en perpétuelle rébellion. Ce langage éveille l’intérêt de certains amateurs éclairés en manque de repères. Faisant fi de toutes les censures, ce langage parle, pour reprendre Issiakhem, « des gueux et des éclopés« , ces oubliés de la terre algérienne.

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Abdelkader Houamel (1936), Askart

Un dialogue plein de tumulte et de passion s’instaure alors entre les praticiens de l’art, la critique d’Etat et les partisans ou adversaires d’un art toujours remis en question. Ces débats, non exempts parfois de cruelles querelles d’égo, impulsent une dynamique qui devait réduire l’incompréhension qui parasite souvent le rapport difficile qu’entretiennent l’art et la société.

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Denis Martinez (1941), Fécondité, Blog mmediene

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M’Hamed Issiakhem (1928-1985), huffpostmaghreb

Source

-Mohamed Mediene, « Peintres algériens- Aperçu sélectif ».Premier tableau et deuxième tableau visibles sur le lien ci-dessous:

http://mediene.over-blog.com/peintres-algeriens-apercu-selectif

Les artistes signalés par un astérisque ont déjà été présentés sur les Belles Sources.