Dans son livre « Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve », Kaoutar Harchi sociologue marocaine analyse les trajectoires littéraires et sociales de cinq écrivains algériens Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Boualem Sansal et Kamel Daoud, dont la langue d’écriture, contrainte ( Kateb Yacine, Assia Djebar et Rachid Boudjedra qui écrivait d’abord en français au début de sa carrière d’écrivain avant d’écrire en arabe) ou choisie (Boualem Sansal et Kamel Daoud), est le français, ces trois derniers écrivains faisant l’objet de rebondissements interminables aux accents de controverse dans le champ médiatique. Kaoutar Harchi porte un regard lucide et académique sur la littérature francophone algérienne et sa déclinaison dans l’espace médiatique hexagonal. Le regard académique rigoureux de la chercheure au talent avéré sur un sujet d’actualité, l’angle d’attaque choisi nous amènent à cette même réflexion émise par le journaliste critique Youcef Zerarka « Et si la célébrité littéraire/artistique n’était qu’un excès de langue ! Et si le statut de vedette, octroyé aux uns et aux autres, n’était que le résultat de quelque chose qui dépasserait la qualité intrinsèque de l’œuvre ! » Ci-dessous quelques éléments d’abord qui permettent d’éclairer le contexte du travail de recherche entrepris par Kaoutar Harchi à travers quelques extraits de la préface de son ouvrage que l’auteur Jean-Louis Fabiani a intitulée «Gagner la reconnaissance à la nage », et par l’introduction que fait la sociologue chercheure de son ouvrage. Un extrait d’Edouard Glissant cité dans l’ouvrage de Jacques Derrida cette fois-ci, sur la dépossession de la langue et ses effets, comme conséquence du décret Crémieux qui octroyait la citoyenneté française aux indigènes de confession juive, mais pas aux indigènes de confession musulmane « Le monolinguisme de l’autre» ou la prothèse d’origine et sa problématisation en « Une langue, ça n’appartient pas » qui a constitué une des ressources de Kaoutar Harchi dans sa recherche et son travail d’analyse, enfin l’interview de Kaoutar Harchi par l’Humanité en novembre 2017. Les Belles Sources.

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Kaoutar Harchi

Kaoutar Harchi est chercheure post-doctorante au sein du Labex Création, Arts et Patrimoines (CAP), département de la recherche du musée du Quai Branly. Elle assure par ailleurs des enseignements de sociologie à Sciences Po Paris, Reims et conduit actuellement une enquête sur la lecture en prison. Kaoutar Harchi a soutenu une thèse de sociologie, dirigée par Bruno Péquignot à l’université Sorbonne Nouvelle, qui a porté sur les conditions et modalités de reconnaissance littéraire des écrivains étrangers de langue française, en France, à partir du cas algérien (1945-2015). Sa thèse a été publiée sous le titre « Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve » (préf. Jean-Louis Fabiani, Fayard, 2016).

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Extraits de la préface de Jean-Louis Fabiani

[…] La France n’enseignait que le français aux Algériens, et pendant très longtemps, cet enseignement ne toucha qu’une petite minorité privilégiée, car le pouvoir craignait les pouvoirs émancipateurs de l’instruction publique. L’apprentissage de l’arabe s’est longtemps limité au cadre coranique, et en a conservé toutes les limitations. Les Algériens qui voulaient écrire ont été contraints d’utiliser la langue de l’autre, objet ambivalent, source de fascination et de répulsion.

Fascinante, la langue de Molière l’était parce que Paris fut longtemps le centre de l’activité littéraire, le lieu de la reconnaissance absolue du statut d’écrivain

Répulsive, la langue française l’était parce que c’était à travers elle que le pouvoir affirmait la violence de l’ordre colonial. Jacques Derrida a magnifiquement décrit la situation de dépossession dans « Le Monolinguisme de l’autre », dont Kaoutar Harchi en fait l’un des supports de son analyse.

[…] Ainsi se constitue comme une mutinerie dans la langue : des siècles de littérature française deviennent un ensemble de ressources pour une parole nouvelle, libérée de l’étau colonial et de l’ethos algérianiste que les écrivains européens de langue française qui vivent en Algérie tentent d’imposer en combinant régionalisme, méditerranéisme et surtout orientalisme.

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Le monolinguisme de l’autre

« Le « manque » n’est pas dans la méconnaissance d’une langue (le français), mais dans la non-maîtrise d’un langage approprié (en créole ou en français). L’intervention autoritaire et prestigieuse de la langue française ne fait que renforcer les processus du manque. La revendication de ce langage approprié passe donc par une révision critique de la langue française […] Cette révision pourrait participer de ce qu’on appellerait un anti-humanisme, dans la mesure où le domesticage par la langue française s’exerce à travers une mécanique de l’« humanisme ». Edouard Glissant, « Le discours antillais« , Seuil, 1981, p. 334. » in Jacques Derrida « Le monolinguisme de l’autre, Ou la prothèse d’origine, les Editions Galilée

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JE N’AI QU’UNE LANGUE, CE N’EST PAS LA MIENNE. DES ECRIVAINS A L’EPREUVE 

Kaoutar Harchi

Introduction

« C’est tout simplement regarder les choses en face et les voir comme elles sont.» Pierre Bourdieu

«Comme toute recherche sociologique, ce livre est à l’évidence un travail engagé. En effet, le sociologue est un sujet social inscrit dans la réalité sociale, l’“extra-territorialité totale” lui est impossible. […] Le chercheur ne peut pas se retrancher du monde, son esprit, comme son corps, y est inscrit et quand bien même le voudrait-il, il participerait malgré tout au cours du monde, y compris par son retrait. […] L’engagement permet d’abord de poser des questions qui sans cela ne se posaient pas, ou du moins de manière plus confuse ou plus elliptique.» Roland Pffeferkorn, Inégalités des rapports sociaux.

«Si la question de la littérarité est restée si longtemps sans réponse convaincante, c’est qu’elle avait été mal posée dès le début : en se demandant ce qui fait d’un message verbal une œuvre littéraire, le métalittérateur orientait déjà son regard vers le texte, vers le livre, comme présence immanente et objective sans penser s’interroger sur la structure constitutive – et constituante – du regard lui-même.» Mircea Marghescou, Le Concept de littérarité. Critique de la métalittérature.

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OU SIEGE LA VALEUR DU TEXTE?

Beaucoup diront dans le texte, en ses entrailles, au cœur de ce qui le constitue intimement, en sa plus profonde profondeur. Profondeur qui ne serait autre que celle d’un auteur de génie dont l’existence maudite, souvent depuis l’enfance, aurait été transfigurée par les pouvoirs de l’Écriture en une destinée bénie. Et l’écrivain serait « ce créateur incréé », solitaire, détaché, insaisissable, dont la valeur d’homme se prolongerait jusque dans son œuvre. Œuvre entourée des langes épais d’un secret que nous pourrions approcher, frôler, mais jamais percer.

Ce discours inscrit dans le cadre du romantisme, « sacre du poète1 », est constitutif d’une puissante culture littéraire française : ensemble de croyances, de représentations mentales, de principes qui induisent l’idée selon laquelle la valeur d’un texte aurait pour siège le mystérieux, l’inatteignable, l’insondable. Aussi faudrait-il se résoudre à abandonner tout effort de compréhension et se contenter de ressentir.

Pourtant, comment ne pas percevoir, en ce découragement à connaître, l’impératif premier de connaissance ? Car rien ne mérite plus d’être passé au crible de l’exercice critique que ce que l’on dit naturel, logique, évident. A fortiori dans le monde des arts où l’idéologie du charisme voile jusqu’à rendre invisible le principe inégalitaire au fondement de l’accès à la catégorie artiste2.

La culture littéraire française a ceci de fascinant qu’elle organise un espace spécifique, l’espace de la création, tout en épousant l’imaginaire national. Romain Rolland n’écrivait-il pas : « Le nom du vieux Hugo était pour nous marié à celui de la République. Sa gloire était, de toutes celles des lettres et des arts, la seule qui fût vivante dans le cœur du peuple de France3 » ? Cette culture littéraire trouve en la langue française son assise principale. En ce sens, nous pouvons parler de « l’empire du français4». Français qui fut, par exemple, durant de nombreuses décennies, la langue par laquelle l’aristocratie européenne a affirmé sa différence de classe5. Or, « la particularité de ce modèle de l’universalité de la langue française […], c’est qu’il s’impose à tous, sans le concours d’aucune autorité politique, comme la langue de tous, pour tous, au service de tous, langue de la civilité et de la conversation raffinée6 ». Antoine Rivarol, dans De l’universalité de la langue française, a mis en valeur la clarté de cette langue qui, selon Priscilla Parkhurst Ferguson, « vaut simultanément comme gage de supériorité, comme norme d’usage et comme idéal vers lequel toutes les langues et littératures devraient tendre7 ». L’expression rationnelle, l’esprit de déductibilité, l’exaltation de la raison seraient intrinsèquement inscrits dans la langue et feraient de facto de la France le berceau de la pensée. Historiquement, la culture littéraire française exerce ainsi, à l’échelle nationale et internationale, une domination symbolique à nulle autre pareille.

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L’une des étapes de la vie d’un texte – et de son auteur-e – où cette domination se réalise le plus vigoureusement est l’étape de la reconnaissance : ce « passage de l’inexistence à l’existence littéraire8 ». Seul un groupe restreint d’individus, défenseurs professionnels de la culture littéraire, est habilité à désigner ce qui est de qualité et ce qui ne l’est pas. Cette opération de distinction du littéraire – le légitime – et du non-littéraire – l’illégitime – relève de l’exercice du pouvoir de reconnaître et de légitimer. Au sein de la nation littéraire, ce pouvoir est produit par un vaste réseau d’institutions séculaires, incarnations de la culture littéraire, qui jugent, sélectionnent et consacrent au prix d’un long et lent travail de dépréciation, de marginalisation et d’exclusion. Ces procédés de qualification et de disqualification sont à la charge d’instances spécialisées. Ainsi note Jacques Dubois, « d’une façon fort schématique, on peut se représenter chacune [de ces instances] comme exerçant sa juridiction à un point précis de la chaîne qui permet l’entrée d’un écrit ou d’un écrivain dans l’histoire : 1° le salon ou la revue supportent l’émergence, 2° la critique apporte la reconnaissance, 3° l’académie engage, par ses prix ou ses cooptations, la consécration, 4° l’école avec ses programmes et ses manuels intègre définitivement à l’institution et garantit la conservation9 ». Dans cette perspective, le siège de la valeur du texte est à rechercher non pas dans le texte mais dans sa relation avec le « hors-texte10 », « le dehors de la littérature11 ».

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« Les notions de domination symbolique et de pouvoir symbolique […] ont été largement déconnectées des aspects proprement pragmatiques de l’efficacité des symboles. Ainsi, l’existence supposée d’une hiérarchie des objets culturels […] n’est pas analysée à partir de la dimension d’un faire-croire qui lui est pourtant consubstantiel et qui est la condition de son efficacité symbolique12. » La valeur littéraire serait à penser en tant que produit d’un faire, d’une action voués à susciter une adhésion absolue, une foi : la croyance infaillible en la qualité du texte. En soi, nous n’avons pas accès à la valeur littéraire. Seul peut être considéré le travail de valorisation dont elle procède. Travail entrepris par les défenseurs professionnels de la culture littéraire selon des critères implicites qui, lorsqu’ils sont explicités, le sont le plus souvent sous l’apparence du « coup de cœur », de « la beauté du style », du « récit universel ».

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Mais, là encore, l’idéologie romantique masque le fait que la reconnaissance littéraire est socialement déterminée. Les femmes, note par exemple Delphine Naudier, « représentent 20 % des auteurs chez Minuit, 26 % aux éditions POL, 30 % chez Gallimard, environ un tiers chez Albin Michel, 38 % chez Actes Sud et 40 % des auteurs Stock ». Et de préciser que cette « proportion se retrouve dans la consécration littéraire du jury Femina qui a promu 35 % d’auteurs féminins depuis sa création, en 1904. En revanche, concernant le jury le plus prestigieux du champ littéraire, le prix Goncourt, la proportion des femmes y décroît drastiquement, puisque seulement neuf lauréates ont été couronnées en cent ans13 ». Par ailleurs, Géraldine Bois et Bernard Lahire font remarquer, dans le cadre d’une enquête conduite en Rhône-Alpes sur le second métier des écrivains, que les éléments nécessaires à l’accès à la reconnaissance sont liés à la profession du père (un tiers des écrivains étudiés sont enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures) ainsi qu’au capital scolaire et culturel (plus de 80 % des écrivains les plus reconnus littérairement ont fait au moins deux ans d’études après le baccalauréat). Enfin, Sylvie Ducas signale que « le palmarès des grands prix littéraires d’automne révèle la sous-représentation des écrivains francophones […]. Cette position minoritaire dans la compétition littéraire n’empêche pas l’extrême diversité des littératures francophones primées, puisque l’on trouve aussi bien des représentants de la francophonie belge, suisse mais aussi francophonie des îles et de l’Afrique du Nord, et enfin des pays slaves. Toutefois, si dans cette frange minoritaire, dit-elle, la surreprésentation des pays d’Europe est évidente, inversement, la sous-représentation des pays d’Afrique ne trouve qu’une faible compensation dans des prix de moindre importance14 ». Ces résultats d’enquête révèlent que le sexe, l’âge, l’origine sociale ainsi que la nationalité, susceptibles de s’articuler, facilitent ou au contraire rendent ardue la transformation d’un individu en écrivain reconnu.

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C’est à partir de ce critère de la nationalité, et donc à partir de la population des écrivains non français de langue française, qu’est appréhendée, à travers le présent ouvrage, la question de la reconnaissance littéraire. Les littératures de langue française, dites « francophones » et dont la littérature française « de France » tend à être exclue, sont hétérogènes. En effet, le contexte de production, les thèmes d’écriture, les esthétiques développées, rendent les littératures du Maroc, de Côte d’Ivoire, du Québec, de Belgique, irréductibles les unes aux autres. Seul dénominateur commun, et non des moindres : l’attraction qu’exerce sur elles le centre littéraire parisien. Car Paris dispose du « monopole de la légitimité littéraire, c’est-à-dire, entre autres choses, le monopole du pouvoir de dire avec autorité qui est autorisé à se dire écrivain et qui a autorité pour dire qui est écrivain, ou, si l’on préfère, le monopole du pouvoir de consécration des producteurs et des produits15 ».

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Ce processus d’attribution de la valeur littéraire gagne en complexité dès lors que la relation entre le centre et la périphérie a, jadis, été d’ordre colonial car « écrivains, artistes et chercheurs des sociétés issues de la décolonisation, défient […] par leurs lieux d’édition, leurs langues d’écriture ou par la référence à la culture des anciens colonisateurs, les frontières nationales des champs littéraire, artistique et savant16 ». À cet égard, la situation de l’Algérie, colonisée par la France en 1830 et accédant à l’indépendance en 1962, attire notre attention tant son « drame et dans une certaine mesure […] celui de l’Algérie actuelle est que les langages de son expression lui sont imposés de l’extérieur. La dépendance culturelle et politique est d’abord la non-maîtrise des langages dans lesquels se dire17 ». L’histoire de la littérature algérienne, majoritairement de langue française, est celle de l’articulation des rapports de domination politique, linguistique et littéraire. Gageons alors que cette histoire soit un observatoire privilégié à partir duquel scruter, au prisme d’une loupe grossissante, les relations entre l’écrivain non français de langue française et l’institution littéraire française, entre l’œuvre et cette « frontière littéraire » qui, une fois franchie, provoque « la métamorphose presque magique d’un matériau ordinaire en or18 ».

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L’entreprise coloniale française a conduit nombre d’écrivains français de langue française à se rendre en Algérie puis à y vivre. Ainsi est fondé, au début du XX e siècle, l’algérianisme. Mouvement littéraire incarné par Jean Pomier (1886-1950), Robert Randau (1873-1950), Louis Bertrand (1866-1941) et d’autres encore. Tous œuvrent à favoriser l’avènement d’un peuple franco-berbère de langue et de civilisation françaises : « Il y a en Afrique du Nord de très beaux tempéraments d’artistes, des poètes enthousiastes, de robustes écrivains de prose, écrit Robert Randau à son ami Louis Groisard. Leur mission est de révéler au monde […] notre propre façon de vivre. C’est là la définition de l’algérianisme. Nous sommes des initiateurs, les pionniers d’une pensée française originale dans des pays encore retardataires bien que méditerranéens. Nos pères ont défriché le sol ; les fils défrichent l’esprit. » À ce mouvement succède l’École d’Alger, dite aussi École nord-africaine des Lettres, qui ambitionne d’associer aux écrivains et aux poètes français des peintres et des sculpteurs venus, eux aussi, de la métropole. Or, note Samira Sayeh, « parce qu’ils s’inscrivaient encore et toujours dans la lignée des algérianistes, aux yeux des intellectuels arabes et kabyles d’Algérie, les écrivains algériens d’origine européenne avaient échoué à approcher au plus près l’Algérie authentique. L’orientalisme dans lequel avaient versé ces artistes […] ne contribuait en réalité qu’à mieux les définir […] en contraste avec leurs homologues en France19 ».

En conséquence, et jusqu’en 1945, l’espace littéraire algérien est accaparé par un groupe hétérogène d’écrivains européens ayant pour dessein commun d’offrir à la littérature française un territoire supplémentaire d’épanouissement et d’expansion. Dans une telle configuration, les écrivains Mouloud Feraoun (1913-1962), Mouloud Mammeri (1917-1989), Mohammed Dib (1920-2003), dits « indigènes » ou « musulmans », peinent grandement à intégrer le cénacle littéraire. Cette limitation des aspirations créatrices prive les écrivains algériens d’Algérie d’un espace précieux d’expression, d’affirmation, de revendication et d’existence politiques.

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La Seconde Guerre mondiale accentue ces tensions, Alger devenant le symbole d’une France antifasciste, « capitale provisoire de la France libre20 » où de nombreux ouvrages de résistance, écrits par des auteurs français installés en métropole, sont imprimés et diffusés. Les écrivains algériens d’Algérie sont alors appelés à soutenir « pendant les années du lustre noir » et aux côtés des écrivains européens, « le rayonnement de la littérature française dans le monde21 ». Mais, très rapidement, une contradiction apparaît car comment lutter pour la libération de la France sous occupation allemande sans vouloir lutter, par ailleurs, pour la libération de l’Algérie, sous occupation française ?

Feraoun, Mammeri, Dib – « hommes frontières » – forment, selon Samira Sayeh, la première génération d’écrivains algériens de langue française. Génération dite de « 52 » qui dut, à travers le maquis littéraire, se frayer un chemin : aventure initiatique jalonnée d’épreuves (dis)qualifiantes : « s’intégrer sans se renier, […] servir les instances dominantes tout en préservant les dominés, bref […] combattre dans une singularité permettant une plus grande visibilité22. Ces quelques éléments témoignent de la complexité de l’épreuve existentielle à laquelle sont confrontés les écrivains algériens de langue française. Complexité qui tient à l’enchevêtrement de l’historique, du mémoriel, du politique et de l’idéologique qui, de tout leur poids, surchargent le littéraire jusqu’à déterminer les modalités de sa reconnaissance.

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« L’indigence des moyens qui sont impartis [à l’écrivain algérien] est si impossible à imaginer, écrit Mohammed Dib, qu’elle paraît défier toute crédibilité. Langue, culture, valeurs intellectuelles, échelles de valeurs morales, rien de ces dons qu’on reçoit ne peut, ne va lui servir. Que faire ? Il s’empare sans hésiter d’autres instruments, le voleur, qui n’ont été forgés ni pour lui ni pour les buts qu’il entend poursuivre. Qu’importe, ils sont à sa portée, il les pliera à ses desseins. La langue n’est pas sa langue, la culture n’est pas l’héritage des ancêtres, ces tours de pensée, ces catégories intellectuelles, éthiques, n’ont pas cours dans son milieu naturel23. » Certains de ces « voleurs » – mais il y eut aussi des « voleuses » – sont pourtant parvenus, au prix d’efforts considérables, à obtenir, en France, une reconnaissance critique forte que signalent, objectivement, l’entrée dans les grandes académies littéraires ainsi que l’obtention de prix prestigieux : Kateb Yacine (1929-1989), Assia Djebar (1936-2015), Rachid Boudjedra (1941-), Kamel Daoud (1970-) et Boualem Sansal (1949-) sont de ceux-là. Ainsi, parce que au sein de l’institution littéraire française, ils occupent une place privilégiée – au sens d’éminente –, ces écrivains forment une collection de cas24 intéressante à partir de laquelle saisir le phénomène de la valorisation littéraire.

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S’attacher à comprendre de quelles manières l’« indigence » originelle de cette femme et de ces hommes s’est transformée en fortune littéraire implique de s’intéresser de près aux rapports de force que le centre littéraire parisien a instaurés avec chacun d’entre eux et d’observer les conduites de résistance, de dénonciation, de contournement, d’arrangement, développées par ces derniers. Deux perspectives s’ouvrent alors. Sur l’institution littéraire française, sur la culture qui la sous-tend et sur les pratiques professionnelles qui en perpétuent l’existence, il sied de porter un regard critique : ne pas être illusionné par l’idéologie romantique et comprendre qu’à travers le déni d’idéologie, c’est encore l’idéologie qui s’exprime. C’est à cette condition, alors, qu’il devient possible d’accéder aux « arrière-boutiques de la littérature25 » : espace labyrinthique dérobé au regard des profanes où le texte est fait chef-d’œuvre puis présenté comme tel à la face du monde. Par ailleurs, à Kateb, Djebar, Boudjedra, Daoud et Sansal, il convient « de rendre la vie26 » en s’efforçant de reconstruire l’histoire biographique, l’entrée en écriture, la trajectoire littéraire de chacun et de porter aux épreuves vécues, aux échecs subis ainsi qu’aux victoires remportées une attention particulière. Et faisons l’hypothèse que c’est là, au croisement des logiques du pouvoir de reconnaître et des logiques du désir d’être reconnu, que se révèle la valeur de la valeur.

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Cette connaissance, certes, n’est pas aisée : siècle après siècle, la culture littéraire française a dressé « les remparts imprenables de la liberté humaine contre les empiétements de la science27 ». Creuser la terre, déterrer les fondations de ces remparts, mettre au jour leur socle, déstabiliser l’édifice, découvrir l’étendue d’un domaine caché, en révéler les lois paradoxales, violentes, inégalitaires, constitue un horizon intellectuel qui exige, pour être atteint, une méthodologie rigoureuse. Ainsi, réfléchir à la formation de la croyance en la valeur littéraire induit « de porter notre attention sur les agents et instances de consécration plus que sur les œuvres28 ». Il s’agit donc de rassembler, sous la forme d’un corpus exhaustif, l’ensemble des traces que laisse derrière lui le procédé de reconnaissance d’une œuvre. Archives, éléments biographiques, articles de la presse littéraire critique, entretiens29, discours officiels, correspondances, sont autant de matériaux historiques qui, une fois passés au tamis de l’analyse de discours, permettent d’entrevoir à quelles conditions et selon quelles modalités l’allocation de reconnaissance littéraire se réalise.

La présentation de l’analyse obéit à une logique monographique. À chaque écrivain algérien est consacré un chapitre qui déroule le temps long de la trajectoire littéraire puis saisit, à un instant t de cette trajectoire, une étape décisive à travers laquelle l’œuvre et son auteur sont voués à la sacralité littéraire. Ainsi, cas après cas, et selon un ensemble de singularités propres, se donnent à voir des régularités communes : ambivalences, inachèvements, paradoxes, fragilités de la reconnaissance littéraire. Autant de dimensions constitutives de ce que signifie être un écrivain algérien de langue française, en France.

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Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve est porté par l’ambition de mettre au jour l’économie des luttes menées par des écrivains algériens de langue française au sein de l’espace littéraire français en réduisant « la méconnaissance collective, collectivement produite et entretenue30 » des rapports de pouvoir institués. En cela, œuvrer à comprendre ces épreuves littéraires est, en soi, une épreuve scientifique qui implique, au regard d’une neutralité totale impossible à atteindre, le déploiement d’une incroyance. Incroyance à l’égard de croyances en lesquelles la vie sociale nous porte pourtant à croire. Et si nous consentons à rompre avec l’idéalisme de la forme pure, c’est que les sciences humaines et plus généralement l’Université offrent autre chose d’une tout autre nature : un gain salutaire de lucidité.

Des écrivains à l’épreuve

«Pour une société, “avoir de l’histoire” (ou avoir une histoire), c’est entrer par elle-même dans l’histoire et dans le temps que postule l’histoire, c’est faire son histoire en se donnant le maximum d’assurances qu’il faut pour maîtriser le présent et, à partir de là, concevoir et réaliser un futur qui soit œuvre de l’Histoire. » Abdelmalek Sayad.

Kaoutar Harchi : « La langue française est à la fois un lieu d’oppression et un outil d’émancipation »

Mercredi, 27 Septembre, 2017

Mehdi Fikri

You Tube

La sociologue dresse un portrait critique de la France littéraire, en racontant les luttes d’écrivains algériens dits francophones, pris entre désir de reconnaissance parisienne et engagement dans les combats décoloniaux.

Dans son essai, « Je n’ai qu’une langue et ce n’est pas la mienne » (1), Kaoutar Harchi, sociologue et chercheuse au Cerlis (université Paris-Descartes), a retracé les parcours de cinq écrivains algériens (Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud et Boualem Sansal). Décrivant les difficultés et les épreuves qu’ils ont dû traverser pour accéder à une reconnaissance littéraire qui demeure ambivalente, elle définit les contours d’un régime de domination s’exerçant sur les écrivains étrangers, en France.

L’étude des modalités de la domination porte souvent sur le champ économique et social. Pourquoi avez-vous choisi de centrer votre attention sur le champ littéraire ?

Kaoutar Harchi Communément, nous percevons l’art comme une pratique autonome, libre et libératrice. C’est aller un peu trop vite en besogne… Cette vision, typiquement romantique, sous-entend que le champ artistique échapperait à ce qui fonde le monde social, soit la lutte, le rapport de forces. N’accéderaient donc à la catégorie d’« artiste » que les individus talentueux, géniaux, exceptionnels. C’est une duperie car, pour reprendre une expression fameuse de Pierre Bourdieu, il n’y a pas de « créateurs incréés ». Je souhaitais donc inverser la perspective : qui crée les écrivains ? Et il me semblait d’autant plus passionnant d’inscrire cette question dans le cadre de la relation franco-algérienne. Comment le champ littéraire français a-t-il reconnu ou reconnaît-il les écrivains algériens de langue française ? Il s’agissait donc d’interroger ce qui conduit des individus à croire en la valeur littéraire d’un texte. Et d’interroger la valeur de la valeur.

Vous avez choisi de restreindre votre corpus à cinq écrivains algériens. Pourquoi ?

Kaoutar Harchi La littérature algérienne de langue française est un extraordinaire lieu d’observation des relations entre société et processus créatif, en raison notamment du caractère déterminant du système colonial et de ses traces. Étudiant les modalités de reconnaissance des écrivains algériens, en France, il s’agissait de réunir en un corpus ceux qui ont objectivement été le plus fortement reconnus par l’institution littéraire française. Il s’agit donc de Kateb Yacine, d’Assia Djebar, de Rachid Boudjedra, de Kamel Daoud et de Boualem Sansal. Et d’étudier la trajectoire de chacun. Et d’observer de quelle manière s’est opéré le passage de ces écrivains du néant à la vie littéraire. Au fur et à mesure apparaissent alors les obstacles dressés, les épreuves, ainsi que les conduites de résistance développées par lesdits écrivains et qui leur ont permis d’occuper des positions privilégiées dans l’histoire littéraire contemporaine.

La notion de reconnaissance littéraire, liée à l’idée d’ambition, est parfois frappée de suspicion.

Kaoutar Harchi Oui, on dit parfois que la reconnaissance ne doit pas être recherchée. Que c’est une marque de vanité… Je remarque que ce sont souvent des individus en place, comme on dit, qui dénigrent ceux qui à leur tour souhaitent s’élever dans l’ordre social. De plus, ce type de discours du mépris assure la pérennité du déni : déni, par exemple, d’un ordre littéraire inégalitaire qui conduit certains écrivains à être catégorisés comme « écrivains français », quand d’autres sont renvoyés à la catégorie « écrivains francophones ». Le terme « francophone » renvoyant d’ailleurs à une représentation racialisée de l’écriture littéraire. Rechercher sa place et que cette place soit perçue comme juste, quoi de plus légitime, en vérité ? Comme le montre le philosophe allemand Axel Honneth, l’accès à la reconnaissance, qu’elle soit littéraire ou autre d’ailleurs, est profondément lié à la théorie morale. Chaque individu recherche, dans sa relation à autrui, une forme de justification de son existence.

Vous critiquez la distinction que l’on fait entre littérature française et littérature francophone. Pourquoi ?

Kaoutar Harchi L’une des fonctions de l’institution littéraire est de créer de « l’universel ». Et de contrôler rigoureusement l’accès à cette catégorie prestigieuse. Il ne s’agit donc pas de savoir quelle œuvre est universelle et laquelle ne l’est pas, mais d’identifier l’intérêt institutionnel à universaliser telle œuvre ou telle œuvre. Par définition, ce qui n’est pas « universel » est donc « particulier ». C’est cette dialectique qui se retrouve au fondement de la distinction entre littérature française et littérature dite francophone. Car, en signalant que cet-te auteur-e est francophone, on ne dit pas ce qu’on pense. On dit « sa langue d’écriture est le français, bien que le français ne soit pas sa langue maternelle », mais en vérité on induit « il n’est pas d’ici, il est d’ailleurs ». Donc, il est autre. Au cœur du système des lettres françaises, se trouve cette fabrique historique de l’altérité littéraire fondée sur la perception d’une altérité ethnique ou sexuée. Cela s’applique aux écrivains étrangers, mais aussi aux écrivains féminins.

Vous écrivez : « Comment réaliser un travail nécessaire – salutaire – d’autocritique de soi et des siens sans que soient, par le même mouvement, confortés les préjugés à l’œuvre au sein des sociétés du centre ? » En quoi ce dilemme est-il, selon vous, à l’origine des paralysies intellectuelles des écrivains algériens francophones ?

Kaoutar Harchi La littérature algérienne francophone est perpétuellement soumise à un mouvement de déterritorialisation, de décontextualisation. Ce qui est écrit à Alger est compris différemment à Paris. C’est le cas de Boualem Sansal, dès lors qu’il s’exprime au sujet de la montée de l’islamisme, par exemple. Son propos va être mis en avant pour être mieux récupéré dans un processus de « valorisation intéressée » qui vise à renforcer les représentations qui ont cours dans la société française. Il y a ainsi une difficulté pour ces écrivains à demeurer propriétaires de leurs discours et à produire une pensée autonome. C’est un régime d’hétéronomie intellectuelle qui prévaut, bien que des résistances se fassent jour ici et là, auxquelles il faut être attentif.

Quelles différentes stratégies de sortie de cette impasse avez-vous observé dans votre étude ?

Kaoutar Harchi Kateb Yacine a adopté une conduite critique frontale de dénonciation de la domination coloniale. En situation postcoloniale, cette possibilité n’est plus offerte. Le cas de Rachid Boudjedra est particulier : il est parfaitement bilingue, sa stratégie s’appuie donc sur un puissant capital linguistique. Il traduit lui-même certaines de ses œuvres en langue arabe classique. Ainsi, après un début de carrière en langue française, il s’est progressivement tourné vers la langue arabe pour poursuivre son travail d’écriture. Il s’est en partie construit en France, avant de devenir un écrivain phare de sa propre nation. Boualem Sansal est encore dans une autre configuration. L’Algérie souveraine a produit ses propres formes d’autoritarisme et de violence. La langue arabe a été désignée, dès le début des années 1970, langue d’État et cela afin de forger une nation arabe et islamique. Dans ce cadre, la langue française est devenue, pour Boualem Sansal, une langue de résistance – au moins en partie.

Lors de son discours de réception à l’Académie française en 2006, Assia Djebar a vivement réagi au discours sur « le rôle positif de la colonisation ». Des critiques littéraires français lui ont reproché, par la suite, son manque de reconnaissance à l’égard de ce que la France lui a offert, c’est-à-dire la possibilité d’écrire et de devenir écrivaine…

Kaoutar Harchi Oui, ce qu’expérimente à cet instant précis Assia Djebar est une forme de procès en ingratitude littéraire, niant le droit à l’écrivain dit francophone de critiquer la politique française. Il est sous-entendu, là, par voie paternaliste, que la langue française a été un cadeau octroyé à la petite fille algérienne que fut Assia Djebar. Un don généreux auquel elle devrait son émancipation, sa liberté, etc. Se révèle ici, de manière très précise, la nature qui lie l’écrivain étranger à la nation littéraire qui l’a accueilli : un lien d’endettement symbolique. Car on considère qu’à une reconnaissance allouée doit répondre une allégeance politique.

Vous pointez aussi la liaison « dangereuse » qui existe entre la langue et la nation…

Kaoutar Harchi Le français s’est historiquement constitué dans une lutte contre le latin et les patois. Le texte d’Antoine de Rivarol, De l’universalité de la langue française (1784), entendait expliquer pourquoi le français, plus qu’une autre langue, était « universel ». Parler français participe profondément à la définition de ce que signifie « être français ». La langue unifie le territoire, elle le nationalise. De la même manière que l’État unifie la langue et la nationalise à son tour. Nous aboutissons, au final, à une hiérarchisation sociale, donc littéraire, des langues. Écrire en langue française est considéré comme supérieur au fait d’écrire en langue wolof, par exemple. Cela révèle, en creux, le fait que la langue est un outil politique de contrainte. Mais c’est aussi un outil qui peut être reconverti, investi de significations nouvelles et saisi à des fins d’émancipation.

Vous avez qualifié l’écriture d’engagement existentiel et le sous-titre de votre livre est « Des écrivains à l’épreuve »

Kaoutar Harchi La représentation que nous avons de l’écrivain est celle d’un être attaché à sa table de travail, solitaire, angoissé par la page blanche, éprouvé par la création, etc. Tout cela est très certainement juste. Or, insister tant sur l’épreuve de l’écriture est une manière de masquer le lieu primordial de la violence symbolique, soit la découverte que les prétendants sont infiniment nombreux et les « élus » infiniment rares. Pour les écrivains étrangers désireux d’être reconnus par le champ littéraire parisien, l’épreuve est d’autant plus difficile qu’on considère généralement qu’un écrivain originaire du Cameroun ou du Japon suffit à représenter tous les écrivains camerounais ou tous les écrivains japonais. C’est donc, du point de vue de l’individu, une épreuve, car s’opère un jugement. Ce jugement est un fait, soit. Or, la difficulté apparaît dès lors qu’on s’intéresse aux critères de jugement. Et les critères varient selon celui ou celle qui est jugé-e. Aux écrivains dits français, la possibilité d’exprimer « l’Universel », le « Tout », la « Totalité ». Aux écrivains francophones d’exprimer le « particulier », le « local », la « partie ». Et cela d’autant plus que les marchés éditoriaux se configurent à l’aune des pressions néolibérales. Parfois, pour certains écrivains étrangers, la seule modalité de survie littéraire est la voie de l’auto-exotisation. S’altériser soi-même…

(1) Je n’ai qu’une langue et ce n’est pas la mienne, de Kaoutar Harchi. Fayard, 2016, 19 euros. Entretien réalisé par Mehdi Fikri

relatifs2[1]madeoifran.blogspot.com

Bibliographie
  1. Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, 1750-1830. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, Paris, José Corti, 1973, p. 23.
  2. Voir Gérard Mauger (dir.), L’Accès à la vie artistique. Sélection et consécrations artistiques, Paris, éditions du Croquant, 2006 ; Wenceslas Lizé (dir.) et al., Les Stratèges de la notoriété. Intermédiaires et consécration dans les univers artistiques, Paris, Archives contemporaines, 2014.
  3. Romain Rolland, « Le Vieux Orphée », Europe, Paris, Rieder, 1935, p. 8.
  4. Pascale Casanova, La République mondiale des lettres[1999], Paris, Seuil, 2008, p. 106.
  5. Voir Jacques Revel (dir.), L’Espace français, Paris, Seuil, 1989.
  6. Pascale Casanova,  cit., p. 107.
  7. Priscilla Parkhurst Ferguson, La France nation littéraire[1987], Bruxelles, Labor, 1991, p. 141.
  8. Pascale Casanova, , p. 190.
  9. Jacques Dubois, L’Institution de la littérature. Introduction à une sociologie, Bruxelles-Paris, Labor-Nathan, 1978, p. 131.
  10. Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire[1992], Paris, Seuil, 1998, p. 10.
  11. Ibid.
  12. Jean-Louis Fabiani, Après la culture légitime. Objets, publics, autorités, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 12.
  13. Delphine Naudier, « Les écrivaines et leurs arrangements avec les assignations sexuées », Sociétés contemporaines, 2010/2, no78, p. 42-43.
  14. Sylvie Ducas, « La place marginale des écrivains francophones dans le palmarès des grands prix d’automne », Outre-mers, tome 88, no332-333, 2001, p. 348.
  15. Pierre Bourdieu,  cit., p. 303.
  16. Gisèle Sapiro, Georges Steinmetz, Claire Ducourneau, « La production des représentations coloniales et postcoloniales », Actes de la recherche en sciences sociales, no185, décembre 2010.
  17. Charles Bonn, Nedjma de Kateb Yacine, Paris, PUF, 1990, p. 47.
  18. Pascale Casanova,  cit.
  19. Samira Sayeh, La Génération de 52 : conflits d’hégémonie et de dépendance, Paris, Publisud, 2010, p. 32.
  20. Gabriel Audisio, « L’apport intellectuel de l’Afrique du Nord », Esprit, 1946.
  21. Ibid.
  22. Tassadit Yacine-Titouh, Chacal ou la ruse des dominés. Aux origines du malaise culturel des intellectuels algériens, Paris, La Découverte, 2001, p. 135.
  23. Mohamed Dib, « Le voleur de feu », in Jean Amrouche. L’éternel Jugurtha, 1906-1962, Marseille, Éditions Marc Faigre, 1985, p. 15.
  24. Cet ouvrage est issu d’une thèse de sociologie soutenue en septembre 2014. L’émergence, en mai 2014, de l’écrivain algérien Kamel Daoud puis le renforcement, en septembre 2015, de la position de l’écrivain algérien Boualem Sansal au sein de l’institution littéraire française ont été des phénomènes observés de près. Intégrer ces écrivains au corpus initial a été une manière d’enrichir les résultats initiaux produits. En cela, le présent ouvrage est une version complétée.
  25. Edwige Keller-Rabhé (dir.), Les Arrière-boutiques de la littérature, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2010.
  26. Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, op. cit., p. 14.
  27. p. 12.
  28. Benoît Denis, « La consécration. Quelques notes introductives », COnTEXTES, no7, mai 2010.
  29. La réalisation d’entretiens sociologiques avec les écrivains encore en vie est une question qui, très tôt, s’est posée. Au final, cela n’est pas apparu indispensable. Premièrement, un grand nombre de données pertinentes étaient déjà disponibles. Deuxièmement, interroger un écrivain contemporain au sujet de la valorisationlittéraire de son travail aurait inéluctablement induit de sa part l’adoption d’une posture littéraire oscillant entre rhétorique de la vocation littéraire et rhétorique de l’innéité des compétences d’écriture. Ces éléments auraient constitué une redite mais guère une plus-value.
  30. Pierre Bourdieu,  cit., p. 282
Ressources

https://liseuse-hachette.fr

http://www.lhumanite.fr

Jacques Derrida « Le monolinguisme de l’autre, Ou la prothèse d’origine, les Editions Galilée

Illustrations

1-Salon du lire de la francophonie/2-La littérature, à quel(s) prix, Histoire, Le Monde.fr/3-Caricature rentrée littéraire, l’influx/4-Bienvenue dans la boite à Saussure/5-Dictionnaire, luciencowblog/6-Réseau international/7-Nathalie FLE/8-Précieuses et salons littéraires, France Inter/9-Le Temps/10-Dilem/11-Ecrivainhumourvraiefictionblogspot.com/12-Precarite cgtcg08-cgt-ardennes/13-Autour des auteurs/14-Scrabyon.pagesperso-orange.fr/15-Event, lire entre les lignes exposition ludique, expoagenda/16-jardinalysse.com/17-Dessin miss lilou overblog/18- Photos Rachid Boudjedra, Assia Djebar, Kateb Yacine/ 19-Kamel Daoud, Boualem Sansal/ 20-Kaouatr Harchi, YouTube/21-relatifs2, madeoifran.blogspot.com

Littérature: Les éditeurs qui raflent tous les prix

Le Monde |  • Mis à jour le  | Par Maxime Vaudano

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