Trois artistes poètes d’exception nous ont légués un chef d’œuvre universel sublime de poésie, d’humanité et d’émotion, pour l’un de littérature, pour l’autre d’animation et pour le troisième de narration, un écrin précieux qui s’ouvre sur une perle rare et qui ne révèle toute sa beauté que si on consent à prendre le temps, celui d’entrer dans un conte merveilleux à la saveur exquise : il était une fois une contrée déserte habitée par un homme taiseux, solitaire, solidaire…

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Jean Giono (1895-1970)

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« L’homme qui plantait des arbres » est une nouvelle de Jean Giono, écrivain qui s’est fait tout seul, à l’écart des courants littéraires, et volontiers à contre-courant. Il exècre les maisons d’éditions, les grandes villes et notamment Paris, et a peu de relations littéraires, Jean Giono est un écrivain inclassable.

Sa mobilisation lors de première guerre mondiale pendant plus de quatre ans dont deux au front dans l’infanterie l’a profondément marqué au point de devenir un pacifiste farouche. Il aime écrire depuis tout jeune et s’y exerce avec des petits textes. Il achèvera son premier roman « Naissance de l’odyssée » à trente ans. Grasset le refuse en raison « du jeu trop littéraire ». Mais qu’à cela ne tienne, « Colline » paru alors qu’il a trente cinq ans lui ouvrira la voie du succès, de la reconnaissance. Grasset cette fois-ci et Gallimard se le disputeront. Jean Giono aime et continue à raconter les paysans de Haute Provence qui vivent en symbiose avec la nature. Son univers est lyrique et utopique, sans politique, sans administration, sans guerre, l’homme y est bon et généreux et toutes les fins sont heureuses. L’avènement du nazisme, et la menace de la guerre, encore une, amèneront Jean Giono à s’engager pour la paix, à militer en pacifiste intégral, et à déclarer être prêt à désobéir à un nouvel ordre de mobilisation. Ses illusions s’effondreront cependant lorsque la guerre éclatera, et désespéré de devoir renoncer à son engagement -son combat est plus global, et est dirigé contre la civilisation technique moderne et annonce l’écologie- Giono se laissera mobiliser, se fera aussitôt arrêter et emprisonner pendant deux mois pour pacifisme. A sa libération, il cessera toute action, toute prédication, mais se fera à nouveau arrêter et emprisonner pendant cinq mois.

Lhomme-qui-plantait-des-arbres-Frederic-Back-1987-Le vagabond des étoiles

Jean Giono connaitra des temps difficiles et n’arrivera plus à joindre les deux bouts, pas plus qu’à finir ses romans. Il sera, de toute façon, interdit de publication par le Comité national des écrivains dirigé par les communistes qui ne lui pardonneront pas son pacifisme. Ce n’est qu’à partir de 1951 que Giono reprendra la place qui lui est due. Il finira par être élu à l’Académie Goncourt en 1954. Ce poète ouvert à toutes les sensations et prêt à les inventer au besoin, créateur sensible et talentueux d’images et d’émotions, épris de paix, de musique et de générosité restera pourtant un écrivain à part bien que figure dominante du paysage littéraire du XXe siècle, et bien qu’ayant laissé une belle œuvre romanesque à la portée universelle.

Frédéric Back (1924-2013)

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Frédéric Back né en Allemagne (1924-2013) est un artiste aux nombreux talents : illustrateur, caricaturiste, créateur d’effets spéciaux, de décors et de maquettes pour plusieurs émissions scientifiques et culturelles. Parallèlement à toutes ces casquettes, il signera également plusieurs verrières d’églises et de lieux publics. Frédéric est un ami de la nature, et un écologiste convaincu, il œuvrera dans plusieurs mouvements, dont Greenpeace. En 1968, il intègrera le studio d’animation créé à Radio-Canada et y réalisera dix courts-métrages dont « Tout-rien » nommé aux Oscars en 1981, puis Crac ! l’année suivante qui remportera l’Oscar du meilleur film d’animation.

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Tout au long de sa vie, Frédéric Back mettra son inspiration au service de ses convictions profondes : humanisme, respect de la nature, militantisme écologique. On lui doit ainsi « L’homme qui plantait des arbres » inspiré du livre de Jean Giono qui remportera une quarantaine de prix dans des festivals internationaux de cinéma et un nouvel Oscar en 1988. Cinq ans plus tard, c’est « Le fleuve aux grandes eaux« , un plaidoyer-hommage au fleuve Saint-Laurent, qui sera en lice à Hollywood. En 2010, les Artistes pour la paix lui décerneront un prix-hommage pour son implication sociale et notamment dans la lutte contre l’énergie nucléaire.

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Comme cinéaste, Frédéric Back utilise une technique particulière : il dessine au crayon de cire sur des transparents dépolis ce qui fait accrocher la matière au support, ainsi le trait n’a pas l’aspect lisse du dessin animé traditionnel et conserve sa vibration. Parlant de la liberté d’interprétation que lui procure le dessin, Frédéric Back dira  : « ce qu’il y a de bien avec les films d’animation, c’est qu’ils sont accessibles à tous. On peut y mettre de la fantaisie, mais aussi injecter nos idées et nos convictions ».

Philippe Noiret (1930-2006)

Noiret Schneider

Le flegme accompagné de son phrasé trainant si particulier, le charisme, et le charme fou, c’est Philippe Noiret, ce monstre sacré du cinéma français avec plus de 120 films à son compteur. Un comédien qui habite ses personnages comme s’il y allait de sa vie, un talent et une sensibilité maintes fois démontrés dans des rôles aussi divers que créatifs. Philippe Noiret ce magnifique cancre repassera trois fois son Bac. C’est le théâtre qui se révèlera à lui comme une grande passion quand il intégrera la troupe du TNP en 1953. Il y interprètera les œuvres majeures du répertoire classique, puis fera ses débuts dans le cinéma en 1960 dans le rôle du farfelu oncle Gabriel dans « Zazie dans le métro » de Louis Malle.

theatre-liberte.fr

Durant cette période, il deviendra l’un des acteurs les plus connus du cinéma français mais seulement dans des seconds rôles. La comédie « La grande bouffe » de Marco ferreri fera scandale à Cannes en 1973. En Italie par contre, il obtiendra de beaux succès, et la reconnaissance par ses pairs ne viendra qu’en 1975 avec « Le vieux fusil » de Robert Enrico. Il obtiendra le César du meilleur acteur, et un second César du meilleur acteur pour « La vie et rien d’autre » en 1990. Bien sûr et parmi tous ses films, on n’oubliera pas Philippe Noiret en projectionniste dans « Cinéma Paradiso » et également en Pablo Neruda dans « Le facteur » ce dernier film déjà évoqué sur les Belles Sources. Il sera à l’affiche de grosses productions comme « L’Africain » de Philippe de Broca.

La vie et rien d'autre Bertrand Tavernier

Il serait trop long d’évoquer tous les films que Philippe Noiret a brillamment portés et qui nous ont nous aussi portés au sommet de nos émotions, qui continuent à nous faire pleurer, à nous faire rire, à nous ouvrir grand le cœur. Philippe Noiret a mis, de son côté, tout son cœur pour nous narrer le fabuleux conte de « L’homme qui plantait des arbres« .

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Ressources

http://www.fredericback.com

https://www.lemonde.fr

https://centrejeangiono.com