Les hommages fleurissent partout pour ce grand homme qui nous a offert tant de rêves, tant d’évasions, tant de frémissantes, vibrantes émotions, un peu de ce parfum de bohème, ce goût de liberté où les imaginaires se délient en flots ininterrompus de rêves… tendres souvenirs, et douce nostalgie… Une époque se ferme sur son dernier poète Aznavour. La tristesse est grande et le sentiment de perte aussi. L’humanisme rayonnant d’Aznavour porté par sa voix mélodieuse et si chaleureuse nous manquera. Tout comme nous manquent les autres poètes disparus qui ont porté comme lui, très haut la chanson française : Brel, Brassens, Barbara, Piaf, ferré, Ferrat, Montand… et qui nous manquent toujours… Le poète ne meurt jamais.  Adieu l’artiste!

Ci-dessous un extrait de l’hommage qui lui a été rendu par France Culture

Charles Aznavour, son talent d’auteur et de compositeur, il l’a d’abord mis au service des autres, avant de s’imposer comme interprète, et d’atteindre le statut de vedette internationale qui est le sien, depuis plus d’un demi-siècle.

Du zazou des années 40, au patriarche d’aujourd’hui, Charles Aznavour a composé des milliers de chansons, chanté dans toutes les langues, et vendu des millions de disques ; prouvé aussi au cinéma qu’il était décidément un grand acteur, ce qu’on peut vérifier en revoyant La tête contre les murs, Tirez sur le pianiste, Un taxi pour Tobrouk, et beaucoup d’autres films. Pas mal !… quand on repense aux critiques qui ont accueilli les premières prestations de l’artiste.

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L’émission « Profils » diffusée en 1970 est enregistrée dans la maison de Charles Aznavour. Il accueille Emile Noël à qui il fait visiter son bureau, lequel s’étonne de trouver de nombreux appareils électroniques, Charles Aznavour s’en explique :

« Je trouve qu’on écrit mieux avec l’électronique. J’ai un orgue extraordinaire avec des pré-sélections, des choses toutes nouvelles… je suis toujours à l’affût de ce qui va me permettre de trouver des sons nouveaux. Ça ne veut pas dire que ça change ma chanson, ça me donne des idées nouvelles tout simplement. […] Je me renouvelle dans moi-même. »

Il poursuit ainsi sa réflexion

« je ne suis pas loin de la musique pop et pourtant je n’ai jamais renié le genre de chansons que j’écrivais, et ça c’est grâce à l’électronique« .

Sur le rapport entre texte et musique

« la chanson est indivisible » explique-t-il. Mes débuts difficiles m’ont donné de la hargne et je suis rentré dans le vedettariat comme la majorité des vedettes y rentrent avec une espèce d’aigreur, car il y a une aigreur de la réussite. C’est horrible, je l’ai connue, je sais ce que sais. […] On devient plus aigri que la personne qui n’a pas réussi. […] C’est bien après que j’ai trouvé une sorte de sérénité dans mon métier, quand je me suis rendu compte qu’être vedette, ça ne voulait pas dire grand-chose. Pour moi ça veut dire énormément mais ça ne veut rien dire par rapport à l’homme lui-même. On peut être une grande vedette et le dernier des imbéciles parce que le succès arrête l’évolution souvent. C’est quand ça a été très très mal pour moi en plein vedettariat que j’ai fait machine arrière.

 

Aznavour raconte ses tout débuts à l’école du spectacle, alors que ses parents tenaient un troquet rue du Cardinal Lemoine, « en face il y avait une école qui s’appelait l’Ecole du spectacle et j’y suis rentré parce que c’était plus pratique que d’aller dans une école communale. J‘ai passé des auditions et à partir de l’âge de 9 ans, je n’ai jamais cessé de travailler dans mon métier« , raconte-t-il.

« J’ai commencé à chanter lorsque j’avais la voix qui muait. C’est curieux à dire mais c’est vrai. Ma voix muait et je ne pouvais plus jouer sur une scène de théâtre. Quand on a 17 ans on ne sait pas si on ne va pas avoir un emploi de jeune premier, je ne pouvais pas l’avoir parce que j’étais trop jeune et pour jouer les enfants j’étais trop vieux. Alors je suis venu à la chanson. »

1950-charles-aznavour-et-eddie-constantine-aux-pieds_d'édith Piaf AFP

L’auteur-interprète s’explique sur sa façon d’écrire des chansons

« J’écris rarement des chansons au départ, pas plus que je n’écris des poèmes. Je prends des notes et par déformation professionnelle, je rime, comme les gens font des mots-croisés. Ça m’amuse de trouver la rime : je relève une idée et puis après pour m’amuser je la mets en vers. Et puis un jour, l’été plus particulièrement, je reprends mes notes et à travers ça j’écris des chansons. Ce qui fait que je n’ai jamais écrit pour le public. J’écris pour mon plaisir d’abord et ensuite je le propose au public. »

Interrogé en 2003 sur la façon dont il comptait célébrer ses quatre-vingts printemps, le chanteur confiait : « Je ne ferai pas mes adieux, je me ferai seulement un peu plus rare. Le public m’a adopté sans se presser, je le quitterai à pas lents, très lents ».

Pour en parler, le parolier Claude Lemesle, président d’honneur de la Sacem, auteur prolixe, plus d’un millier de chansons à son répertoire: Joe Dassin avec « L’Eté indien », Michel Sardou avec « Une fille aux yeux claires », Dalida avec « Comme si tu étais là », Julio Eglesias avec « Je n’ai pas changé » ont chanté ses mots.

Et l’écrivain et biographe Robert Belleret. Après Léo Ferré, Jean Ferrat et Edith Piaf, il a consacré un livre, « Vie et Légendes de Charles Aznavour » (l’Archipel, 2018) au chanteur.  France Culture.

[Charles Aznavour] était au départ très bohème, à la fin bureaucrate, c’est lui-même qui le dit, mais un artiste avant tout.
(Robert Belleret)

C’est prodigieux d’avoir cette angoisse aiguë du temps qui passe, de la vie qui s’en va comme une poignée de sable.
(Robert Belleret)

C’était un artisan,  il ciselait ses textes. Par exemple, il m’avait dit qu’il détestait les  élisions.
(Claude Lemesle)

[Charles Aznavour] a beaucoup collaboré. Il n’a pas écrit tous ses textes (…). Il a eu cette générosité.
(Claude Lemesle)

Charles Aznavour et son amie et collaboratrice, Petula Clark à Saint Tropez, en 1978 Pure trend

Sources

-fanceculture.fr

-Photos:1-HuffingtonPost/2-France, Eddie Barclay, Charles-Aznavour, Next Libération.fr – Libération/3-1950 Charles  Aznavour, Eddie Constantine, et Edith Piaf, AFP/ 4- Charles Aznavour et son amie et collaboratrice Petula Clark, Saint Tropez, 1978, Pure trend