« La sensibilité artistique est la capacité à rendre visible l’invisible en englobant le marginal, le peureux, l’exclu. » Carlos Fuentes

Et la chanson de l’eau
Reste chose éternelle…
Toute chanson
est une eau dormante
de l’amour.
Tout astre brillant
une eau dormante
du temps.
Un nœud
du temps.
Et tout soupir
une eau dormante
du cri.

Federico Garcia Lorca, Poésie I

Je me trouve toujours sur cette terre andalouse que j’affectionne pour aller à la rencontre de son doux rossignol Federico Garcia Lorca dont on dit que tout en lui semble fait pour chanter les nuits de l’Alhambra, du Generalife, la mélodie des eaux, l’ombrage des patios fleuris où il fait bon vivre… toutes ces douceurs de la Grenade romantique que le sensible Federico Garcia Lorca poète, musicien, dramaturge aimait intensément, passionnément. Le charme, le beau et son esthétique le faisaient aller d’une joie infinie à un désespoir insondable. Pour Lorca, vivre, créer, aimer sans souffrance n’était tout simplement pas possible en raison de sa profonde sensibilité, et chaque acte de création se fera dans la joie mais aussi dans la douleur. La compagnie de Lorca, jeune, agréable, charmant était néanmoins appréciée, probablement même recherchée. Comment aurait-il pu en être autrement? On le mesure au fur et à mesure qu’on accède aux profondeurs de son être. Alors l’espace de quelques instants, Federico nous ouvre la lourde porte de son patio où deux de ses amis artistes Manuel de Falla et Manuel Angeles Ortiz discutent avec passion de musique, de peinture, de poésie, et d’art à l’ombre d’un grand citronnier dont les fleurs parfument délicieusement l’air…

Manuel-Angeles-Ortiz-Gallerie Sala Dalmau

Manuel Angeles Ortiz, Galerie Sala Dalmau

Petite fille sur la balançoire,
allant du Nord au Sud,
du Sud au Nord.

Sur la parabole
tremble une étoile rouge,
plus bas que toutes les étoiles.
Federico Garcia Lorca dans Ferias

Un grand moment de plaisir à partager avec le rossignol andalou comme l’appelaient ses amis, Federico Garcia Lorca. Lorca dont la vie aussi fulgurante, éphémère qu’elle ait été, nous aura offerts une œuvre essentielle chargée de symboles que l’on est loin d’avoir explorée de manière exhaustive ; deux types d’écrits perméables l’un à l’autre, les corpus de l’un pouvant se retrouver dans l’autre la composent : des recueils de poésie d’une part et des pièces de théâtre d’autre part qui puisent leur inspiration dans le même fond et se nourrissent de thématiques communes, ce qui rend parfaitement compte d’une maîtrise formelle exceptionnelle de ces deux types d’écrits.

Lors de la conférence donnée en février 1922 sur Le Cante Jondo, défini comme chant andalou primitif, Lorca dira à propos de l’origine de ce chant : « Il s’agit d’un chant purement andalou qui existait déjà sous forme embryonnaire dans notre région avant que les gitans n’y arrivent.», et d’expliquer ce que ce chant a de Jondo : « «Voyez, Messieurs, la transcendance que possède le Cante jondo, et la sagesse dont a fait preuve notre peuple en l’appelant ainsi. C’est profond,  véritablement profond, plus encore que tous les puits et toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond que le cœur actuel qui le crée et que la voix qui le chante, parce qu’il est presque infini. Il vient des races gitanes, traversant le cimetière des années et les frondes des vents fanés. Il vient des premières larmes et du premier baiser.». Voilà des propos passionnés, enflammés qui nous mettent au cœur de l’âme de Federico Garcia Lorca. Que Lorca s’intéresse à ce Cante Jondo ou cette mémoire lointaine de l’Andalousie ouverte, tolérante, belle et rayonnante, et même plus loin encore dans le temps aux confins de l’Inde, ne plaira guère à ses amis dont Luis Bunuel, Salvador Dali son grand ami, ou encore Jorge Luis Borges, horripilés par ce « folklorisme » qui fera dire à Borges que Lorca était un andalou professionnel. Lorca se sentira, et on le comprend bien, troublé, blessé par cette identification étroite et souvent malveillante de son œuvre incomprise, qualifiée même de « putride ». Pour Lorca, il n’y avait pas d’antagonisme entre une poésie savante et une poésie populaire étant donné que toutes deux pouvaient avoir recours aux même procédés, il considérait que sa poésie inspirée de la tradition populaire ne s’inscrivait pas dans le pittoresque, mais bien dans l’universel. Tout autant que les artistes avant-gardistes des années 20, et contrairement à ce que ses amis lui renvoyaient, Lorca s’intéressait à l’image, était mobilisé par elle. En artiste lucide et conscient de sa poétique, Lorca avait, ce que n’avaient pas vu ses amis, cette grande capacité à faire coexister des traits de ce qui est traditionnel avec ce qui est avant-gardiste, et c’était justement là que résidaient toute son originalité, toute sa particularité, toute sa force. Lorca accordait une attention toute particulière aux mots, aux images, aux mètres et à leur prosodie pour les cerner au plus près, débarrasser sa poésie de tout anecdotique pour ne se concentrer que sur la force de l’image. Lorca était bien porteur d’une tradition populaire et savante, tout en étant ouvert aux courants artistiques et poétiques les plus récents.

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Manuel Angeles Ortiz, Paseo de cipreses, Pinterest

Aujourd’hui tremble en mon cœur
Un vague frisson d’étoiles
Et toutes les roses sont
Aussi blanches que ma peine.

Les défenseurs de Lorca, à l’opposé, insisteront sur l’authenticité du terreau dans lequel s’enracinaient la poésie de Lorca et son théâtre. On peut souligner à cet effet le succès du recueil de poèmes « Romancero gitano » inspirés de vieilles légendes andalouses qui le situera au premier rang des jeunes poètes espagnols. La rencontre de Lorca avec le compositeur Manuel de Falla sera décisive et présidera à la création poétique originale de « Poema del Cante Jondo ». Manuel de Falla avait analysé les origines et l’évolution de ce chant ainsi que sa structure musicale. Lorca identifiera les trois faits qui selon Manuel de Falla étaient intervenus dans la création du Cante Jondo : l’adoption par l’église espagnole du chant liturgique byzantin, l’influence arabo-musulmane à partir de 711 et jusqu’au XVème siècle, l’arrivée des gitans en Andalousie, et bien sûr l’influence indienne. Lorca insistera sur l’origine immémoriale du chant qui, selon lui, n’a pu se préserver qu’en Andalousie grâce aux Gitans andalous qui l’auront cultivé jusqu’à lui donner sa forme définitive.

Femmes à la fontaine Ortis@Mutualart

Manuel Angeles Ortiz, Femmes à la fontaine, Mutualart

En février 1922, Lorca tiendra une conférence sur El cante Jondo. –Primitivo canto andaluz au centre artistique de Grenade en guise de préparation à un concours de Cante Jondo prévu pour le mois de juin de la même année à Grenade, et utilisera les notes de Manuel de Falla sur le Canto Jondo. Lorca prendra aussi des cours de guitare flamenca avec deux Gitans de la Vega, et fera cette distinction entre le Cante Jondo chant millénaire et le Flamenco relativement moderne dont la forme définitive ne se fera qu’au XVIIIème siècle. Le Cante Jondo sera la source essentielle d’inspiration de Federico Garcia Lorca. Le choix de cette inspiration déplacera sa douleur individuelle vers la « Pena », ou le malheur collectif qui n’est pas seulement andalou mais universel. Toujours en cette même année se déroulera le festival du Cante Jondo, l’onctueux chant à la texture si douce, émanation de l’âme profonde andalouse.

Manuel Angeles Ortiz Art Value

Manuel Angeles Ortiz, Art Value

Campo

Nuit verte.
De lentes
spirales mauves
tremblent
dans la boule de verre de l’air.
Dans les grottes sommeillent
les serpents du rythme.
Nuit verte
novembre 1921

Aucun lieu autre que la campagne grenadine ne pouvait constituer ce havre de paix et de sérénité auquel Lorca l’homme et Lorca l’artiste aspirait en ces temps troubles. Le poète pianiste qui oscillait sans cesse entre la passion et l’intelligence, l’amour et la sagesse, les sens et l’esprit, recherchait on pourrait le supposer, un point d’équilibre. Comme il aimait se laisser bercer par la nature et sa magie profonde, son langage riche et inépuisable, et comme il aimait se laisser aller aux douces rêveries de Vega sa grande muse! Dans une de ses missives, il dira son désir de créer un livre dont le titre serait « Les méditations et les allégories de l’eau ». La créativité de Lorca, à l’image de la Vega qui lui offrait beauté, contemplation, détente, et sérénité, était toujours renouvelée, Lorca s’incarnait en elle et elle en lui ne faisant plus qu’un tout. Il dira lui-même : « Je crois que ma place est ici parmi ces peupliers musiciens et ces rivières lyriques qui sont une eau perpétuellement endormie, parce que mon cœur se repose d’une manière définitive et que je me moque de mes passions qui dans la tour de la capitale me harcèlent comme un troupeau de panthères ». Federico Garcia Lorca composera toute une série de poèmes intitulée « Les rêves de la rivière. »

Pour Federico Garcia Lorca, écrire était éminemment important, et l’acte d’écrire se faisait dans la douleur, dans la souffrance créatrice, une sorte de préalable à l’apparition des pages rédigées ou en phase de l’être. Pendant l’été de l’année 1922, dans un courrier adressé à Melchor Fernandez Almago, il dira à propos de ses poèmes « Les rêves de la rivière »: « J’ai “composé” […] de petits poèmes pathétiques que je sens en moi, au plus profond de mon cœur malheureux. Tu n’as pas idée à quel point je souffre quand je m’y vois dépeint, je m’imagine que je suis un immense anophèle violet au-dessus de l’eau dormante de l’émotion. »

Misteriosa Alhambra Arco Árabe@Galeria Marc Domenech

Manuel Angeles Ortiz, Misteriosa Alhambra, Arco Árabe, Galeria Marc Domenech

Romance somnambule
[…]
Vert c’est toi que j’aime vert.
De grandes étoiles de givre
escortent le poisson d’ombre
qui ouvre la voie de l’aube
Le figuier frotte le vent
avec sa râpe de branches.
Le mont, comme un chat sauvage,
hérisse toutes ses agaves.
Mais qui viendra ? Et par où ?…
Toujours à sa balustrade,
vert visage, cheveux verts,
la mer est son rêve amer ».
[…]
Vert c’est toi que j’aime vert.
Vert du vent et vert des branches.
Les deux compagnons montaient.
Dans leur bouche le grand vent
laissait comme un goût de fiel,
de basilic et de menthe.
Compagnon, dis, où est-elle,
ta fille, ta fille amère ?
Que de fois elle t’attendit !
Que de fois elle t’espéra,
frais visage, cheveux noirs,
à la verte balustrade !
Sur la face de la citerne
se balançait la gitane.
vert visage, cheveux verts,
prunelles de froid métal.
Un mince glaçon de lune
la soutient à la surface
La nuit se fit plus intime
comme une petite place.
Ivres, les gardes civils
cognaient aux portes, là-bas.
Vert c’est toi que j’aime vert.
Vert du vent et vert des branches.
Le cheval dans la montagne
et la barque sur la mer.

Blouin art sales index

Manuel Angeles Ortiz, Blouin art sales index

Federico Garcia Lorca, est né en 1898 dans la Vega de Grenade au sein d’une famille établie dans la région depuis le début du XIXème siècle au moins. Les hommes étaient catholiques bien que penchant vers la république, les femmes étaient libérales et anticléricales. Sa grand-mère Isabelle lisait Zorilla, le grand poète andalou, Dumas, mais surtout le républicain Victor Hugo dont la famille possédait les œuvres entières. Federico aîné de la fratrie, était physiquement diminué en raison d’une jambe plus courte que l’autre. Cela ne se voyait pas, mais personne ne l’avait jamais vu courir. Cela lui sera fatal, un jour de l’année 1936 alors qu’il n’avait que 38 ans, et que fuir lui aurait sauvé la vie ! Ah ces temps maudits où personne n’est épargné et encore moins les poètes, les artistes, les intellectuels et pas seulement en Espagne…Toute sa vie, Federico aura peur de la mort, toute sa vie il fuira cette hantise qui le rattrapera sans que ses amis chez lesquels il s’était réfugié, et qui bien qu’appartenant au camp adverse, étaient restés impuissants à le protéger contre ses bourreaux. Lorca le porte-voix de tous les opprimés quels qu’ils soient. Dans ses dernières années de vie, Lorca s’était tourné vers le théâtre, vecteur de parole au peuple et autour du peuple. Sa première grande pièce « Noces de sang » inspirée d’un drame social réel et présentée au public madrilène en 1933 mettait la mort en scène. Lorca se voulait proche du peuple et le montrera dans le beau discours adressé à la population de son village natal Fuente Vaqueros pour l’inauguration de sa bibliothèque Province de Grenade en 1931.

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Manuel Angeles Ortiz, Tres cabezas, Saladalmau

Valse dans les branches

Une feuille tomba,
puis deux,
puis trois,
Dans la lune un poisson nageait.
L’eau dort une heure
et la mer toute blanche en dort cent.
La dame
sur la branche était morte.
La nonne
chantait dans la bigarade.
La petite fille
montait au pin pour en cueillir la pomme.
Et le pin
cherchait la fine plume du trille.
Mais le rossignol
pleurait ses blessures alentour.
Et moi aussi,
parce qu’une feuille tomba,
puis deux,
puis trois.
[…]
Federico Garcia Lorca, Poésies, III

Avantguardes@MutualArt

Manuel Angeles Ortiz, Avant guardes, MutualArt

« Quand quelqu’un va au théâtre, à un concert ou à une fête quelle qu’elle soit, si le spectacle lui plaît il évoque tout de suite ses proches absents et s’en désole: « Comme cela plairait à ma sœur, à mon père! » pensera-t-il et il ne profitera dès lors du spectacle qu’avec une légère mélancolie. C’est cette mélancolie que je ressens, non pour les membres de ma famille, ce qui serait mesquin, mais pour tous les êtres qui, par manque de moyens et à cause de leur propre malheur ne profitent pas du suprême bien qu’est la beauté, la beauté qui est vie, bonté, sérénité et passion.

C’est pour cela que je n’ai jamais de livres. A peine en ai-je acheté un, que je l’offre. J’en ai donné une infinité. Et c’est pour cela que c’est un honneur pour moi d’être ici, heureux d’inaugurer cette bibliothèque du peuple, la première sûrement de toute la province de Grenade.

L’homme ne vit que de pain. Moi si j’avais faim et me trouvais démuni dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre. Et depuis ce lieu où nous sommes, j’attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles: ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu’ils profitent de tous les fruits de l’esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l’état, à les transformer en esclaves d’une terrible organisation de la société.

J’ai beaucoup plus de peine pour un homme qui veut accéder au savoir et ne le peut pas que pour un homme qui a faim. Parce qu’un homme qui a faim peut calmer facilement sa faim avec un morceau de pain ou des fruits. Mais un homme qui a soif d’apprendre et n’en a pas les moyens souffre d’une terrible agonie parce que c’est de livres, de livres, de beaucoup de livres qu’il a besoin, et où sont ces livres ?

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Manuel Angeles Ortiz, Nature morte, Artnet

Des livres ! Des livres ! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: « Amour, amour », et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis. – Quand le célèbre écrivain russe Fédor Dostoïevski – père de la révolution russe bien davantage que Lénine – était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par courrier à sa famille éloignée, ne disant que : « Envoyez-moi des livres, des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas! ». Il avait froid, ne demandait pas le feu ; il avait une terrible soif, ne demandait pas d’eau… il demandait des livres, c’est-à-dire des horizons, c’est-à-dire des marches pour gravir la cime de l’esprit et du cœur ! Parce que l’agonie physique, – biologique, naturelle d’un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu, mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie ! « La devise de la République doit être : la Culture ! ». La culture, parce que ce n’est qu’à travers elle que peuvent se résoudre les problèmes auxquels se confronte aujourd’hui le peuple plein de foi mais privé de lumière. N’oubliez pas que l’origine de tout est la lumière. »

Manuel-Angeles-Ortiz-campo de gernada 1963@saladalmau.com

Manuel Angeles Ortiz, Campo de Grenada 1963, Saladalmau

Le pas de la Séguirilla

Parmi les papillons noirs,
va une brunette moresque
à côté d’un blanc serpent
de brume.
Terre de lumière,
Ciel de terre
Elle va enchaînée au tremblement
d’un rythme qui jamais ne s’établit;
elle a un cœur en argent
et un poignard dans la main
Où vas-tu, siguiriya,
de ce rythme décervelé?
Quelle lune soulagera
ta douleur de citron et de bouton de rose?
Terre de lumière
Ciel de terre.
Traduit par Gilles de Seze

La victoire des républicains en 1931, réjouira Lorca et toute sa famille. Victoire de courte durée durant laquelle Lorca animera La Barraca, un théâtre étudiant ambulant financé par le nouvel Etat, fait que les opposants voyaient d’un très mauvais œil. En 1933, les conservateurs créeront le parti de la phalange espagnole inspirée par Mussolini. Des élections donnaient Grenade aux conservateurs hostiles à la Barraca. Lorca démissionnera d’une entreprise privée de subvention et poursuivra l’écriture de « La maison de Bernarda Alba » une ultime tragédie andalouse qui ne sera jamais représentée de son vivant. L’Espagne déchirée sombrera dans une guerre fratricide violente. Les phalangistes se trouvaient renforcés par les troupes de Franco, venues en renfort du Maroc. On avait bien conseillé à Lorca de rester à Madrid plus sûre, mais c’était à Grenade qu’il voulait être. Officiellement recherché, on lui conseillera à nouveau de fuir à travers les montagnes. Il ne se sentira pas capable de le faire, et se réfugiera chez les Rosales comme mentionné en amont. Lorca sera fusillé lâchement, et disparaitra sans laisser de traces à ce jour. Les républicains apprendront son triste sort trois semaines plus tard. Lorca que la mort terrorisait disait : «Je n’y peux rien, je suis comme le ver luisant caché dans l’herbe et qui attend l’horrible pas qui va l’écraser». Et Lorca sera écrasé par cet horrible pas. Mais on le sait, le poète ne meurt jamais.

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Manuel Angeles Ortiz, Documentation, Sala Dalmau

Dialogue d’Amer

Cavalier: Ils vendent des couteaux. C’est leur métier.
Amer : Grand bien leur fasse.
Cavalier : Des couteaux d’argent et d’or.
Amer : Un couteau n’a qu’à être un couteau.
Cavalier : Erreur. […] Les couteaux d’or vont au cœur tout seuls. Ceux d’argent tranchent le cou comme un brin d’herbe.
Amer : Ils ne servent pas à couper le pain ?
Cavalier : Les hommes rompent le pain avec leurs mains.
Amer : C’est vrai !
Cavalier : Tu veux un couteau ?
Amer : Non.
Cavalier : Je te l’offre.
Amer : Je ne l’accepte pas.
Cavalier : Tu n’auras pas d’autre occasion. […] Les autres couteaux ne valent rien. Les autres couteaux sont mous et prennent peur du sang. Ceux que nous vendons sont froids. Tu comprends ? Ils entrent, cherchent l’endroit le plus chaud et s’y arrêtent.

La solea

Vêtue de voiles noirs,
elle pense que le monde est bien petit
et le cœur immense
Vêtue de voiles noirs.
Elle pense que le tendre soupir, 
le cri, disparaissent
au fil du vent. 
Vêtue de voiles noirs. 
Elle avait laissé sa fenêtre ouverte
et à l’aube par la fenêtre
tout le ciel a débouché. 
Ah!
Vêtue de voiles noirs !

Sources et ressources

http://www.journals.openedition.org/bulletinhispanique/636

http://www.pierdelune.com

http://www.lhistoire.fr/garcia-lorca

http://www.republique-des-lettres.com/garcia-lorca

http://www.books.openedition.org/pur/29181?lang=fr