« Élève tes mots, pas ta voix. C’est la pluie qui fait grandir les fleurs, pas le tonnerre » Rûmi

three-cubes without space

Ahmed Moustafa, Three Cubes without Space, fenoon.com

Dans ton âme il y a une âme
Cherche-là !
Dans le mont de ton corps, une perle
Trouve-là !
Ô soufi qui avance
Si tu cherches
Ne cherche pas hors de toi
En toi, cherche cela !

Rûmi, Q, LAI, n°32

The bedrock oh human artistry Les fondements de l'art humain

Ahmed Moustafa, The Bedrock Of Human Artistry, Artsy

La démarche artistique de Ahmed Mostafa est avant tout une approche spirituelle dans laquelle l’artiste sublime l’art de la Calligraphie Islamique à travers de riches et diverses formes d’expression comprenant des peintures, des tapisseries, des sérigraphies, des vitraux qui ont fait l’objet de nombreuses expositions à travers les plus grandes villes du monde, et qui sont venues enrichir de leur contribution l’art universel, à l’instar des œuvres d’autres artistes calligraphes dont certains présentés sur les Belles Sources. La diversité des supports sur lesquels Ahmed Moustafa exprime sont art, témoigne des relations hautement créatives nouées avec certains des artisans et techniciens les plus raffinés, dont on peut citer les verriers du studio Derix à Taunusstein en Allemagne, ou encore les tisserands de l’atelier Pinton à Felletin – Aubusson en France, qui, après plusieurs mois de travail sur une de ses tapisseries, ont assisté à cet instant magique, chargé d’émotions pendant lequel l’artiste coupait délicatement les fils retenant la tapisserie de son métier à tisser.

An Olive Tree That Is Neither Of The East Nor Of The West

Ahmed Moustafa, An Olive Tree That Is Neither Of The East Nor Of The West

En 1989, après onze années de recherches assidues, le Council for National Academic Awards a décerné à Ahmed Moustafa un doctorat pour son ouvrage relatif aux Fondements scientifiques des caractères arabes, réalisé dans le cadre de la Central School of Art and Design en collaboration avec le British Museum. Dans cette recherche remarquable, digne de susciter les échos les plus larges, Ahmed Moustafa a identifié la codification géométrique exacte de « l’écriture proportionnée » développé au IXè siècle par le vizir et calligraphe Ibn Muqla, et qui a établi pour l’exécution des caractères arabes des critères consacrés qui ont été appliqués pendant plus d’un millénaire. Redécouvrir cette codification a clarifié par ailleurs les principes géométriques qui sous-tendent l’harmonie visuelle de l’ensemble de l’art et de l’architecture islamiques.

The Night Journey and Ascension

Ahmed Moustafa, The Night Journey and Ascension, Inception Gallery

Ahmed Moustafa né à Alexandrie en Egypte en 1943 est un artiste et chercheur de renommée internationale et une autorité reconnue dans le domaine de l’art et du dessin arabes. Étudiant à l’Ecole des Beaux-arts d’Alexandrie, il lui a été décerné la plus haute distinction dans l’histoire de l’Egypte moderne, et c’est le Président Nasser lui-même qui lui a remis son diplôme en 1966. L’artiste n’avait pas conscience de son talent naturel, et dans sa grande humilité, il dira lors d’une interview: “I didn’t have a hand in being so gifted; it was entrusted to me by the Giver of Gifts – al Wahhab.

the heart of sincerity

Ahmed Moustafa, The Heart Of Sincerity, British Museum

Ahmed Moustafa a d’abord puisé son inspiration chez les maîtres de la Renaissance après s’être formé aux arts figuratifs dans la tradition néoclassique européenne. Confronté à un « malaise existentiel » à un moment de sa vie, l’artiste a été amené à questionner en profondeur son identité, son art : “I went through a period of my own jahiliyya; I’m not saying that proudly, but through that I was able to identify light, and without seeing the darkness of jahiliyya, I would not have known when the sun had risen.”dira-t-il. Il est à noter qu’à l’époque où Ahmed Moustafa s’était engagé dans sa formation artistique, l’enseignement de l’Art Islamique n’existait pas en Egypte.

Ship-Righteous-Deeds_V1-Artsy

Ahmed Moustafa, Ship Righteous Deeds V1, Artsy

Ahmed Moustafa est donc retourné à sa source première pour retrouver ses racines dont il était déjà imprégné naturellement par un environnement profondément enraciné dans la culture islamique tant par la tradition orale dans ses histoires, contes et légendes…, que par les mosquées, les musées, les livres. Depuis lors, l’artiste se consacrera presqu’exclusivement à la réalisation de compositions abstraites inspirées des textes du Saint Coran. Il a ainsi su, à partir de la fusion de ses talents de peintre et de maître calligraphe issu de la tradition calligraphique de l’Islam, créer un vocabulaire visuel riche et innovant, de magnifiques œuvres d’art à la portée universelle.

Where two oceans meet

Ahmed Moustafa, Where  Two  Oceans  Meet, Mathaf Gallery

Ahmed Moustafa vit et travaille à Londres depuis 1974. En 1983, il a créé le Centre de recherche sur l’art et le dessin arabes « Fe-Noon Ahmed Moustafa ». Professeur invité auprès du Prince of Wales Institute of Architecture et de University of Westminster à Londres et enseignant à l’Université des Beaux-arts d’Alexandrie en Egypte, Ahmed Moustafa est aussi sollicité de par le monde pour ses enseignements et ses conférences. Il a également été nommé membre expert de l’art de l’Islam auprès du Oxford Center on Islamic Studies. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections privées de même que dans des institutions aussi prestigieuses que les musées nationaux de Grande Bretagne et d’Égypte, sans oublier d’autres institutions publiques de notoriété internationale.Infinite interior

Ahmed Moustafa, Infinite Interior, Artnet.com

L’art d’Ahmed Moustafa s’attache à construire des passerelles culturelles fondées sur la compréhension et le respect mutuels. Ces passerelles reflètent l’essence même du travail artistique de Ahmed Moustafa, et c’est dans cette optique qu’en 1998, il a été invité à exposer ses œuvres au Pontificas Universitas Gregoriana, la première exposition d’un artiste musulman au Vatican. Il s’est aussi vu aussi décerner d’importants prix pour ses peintures et sculptures « occidentales » à l’occasion des Biennales internationales d’Alexandrie de 1968 à 1974. Dans l’approche de l’art islamique tel que le conçoit, le vit Ahmed Moustafa tend à un effacement total de l’ego pour atteindre au cœur, à la dimension profonde de l’être, à l’invisible, afin d’y puiser le sens, l’essence de soi et de tout. Chacune des œuvres de Ahmed Moustafa puise sa source d’inspiration comme dit en amont dans les textes coraniques, mais aussi dans la poésie ancienne y compris celle pré-islamique.

God is the Light of Heaven and Earth

Ahmed Moustafa, God is the Light of Heaven and Earth, Mathaf Gallery

Parmi les œuvres réalisées par Ahmed Moustafa, on pourrait s’attarder sur celle de « La dimension cachée du Cube » par exemple qui est une œuvre d’art sacré de l’Islam composée d’un livre, « Les Attributs de la Perfection Divine » et de leur représentation tridimensionnelle, le « Cube ». Ainsi, lorsque le cube est ouvert, il fait apparaître 99 petits cubes, dont chacun est gravé d’un « Attribut Divin » en caractères coufiques carrés. « Le Cube » est la reproduction en série d’une sculpture dont l’original a été exécuté d’après le tableau « Les Attributs de la Perfection Divine » (1987). Il est réalisé en argent et ébène. Une autre version de la même sculpture représentant le cube ouvert a été réalisée en 1998. Elle est formée de cent barres de méthacrylate transparent illuminées par le bas, elle produit un rare effet de lumière suscitant une impression d’apesanteur. La version en série de la « Dimension cachée du Cube » est réalisée en résines synthétiques. Les parties dorées figurant les « Attributs » sont feuilletées en or vingt-quatre carats.

les attributs de la perfection divine cubo

Ahmed Moustafa, Les Attributs de la Perfection Divine, The cube of cubes

Les chevaux sont aussi sublimés dans les travaux de Ahmed Moustafa, en raison de la place prépondérante qu’ils ont occupé, et occupent toujours dans la culture arabe depuis la nuit des temps. L’œuvre d’art « Frolicking Horses » somptueuse faite en 1993 est inspirée d’un poème pré-islamique d’Umro’ El Qaise dans lequel la grâce, la fougue, le raffinement du cheval arabe sont si bien rendus qu’ils donnent rythme, vie, beauté, et majesté à cette poésie : “The way I perceive the creative side is a marriage between passion and enquiry into what makes any duality harmonious.”dira-t-il.

Frolicking horses Inspired by the poetry of Umro_Al Qaise

Ahmed Moustafa, Frolicking horses Inspired by the poetry of Umro’Al Qaise, fenoon.com

Ahmed Moustafa n’impose aucune vision, aucun message sinon celui d’être ouvreur de portes vers l’Amour, et si pour les musulmans en général, la calligraphie arabe revêt un caractère d’art sacré, les sublimes œuvres abstraites de Ahmed Moustafa restent universelles par la beauté qu’elles offrent. L’approche de l’art de l’artiste égyptien Ahmed Moustafa trouve un écho similaire en Constantin Brancusi dont la démarche dans l’art est aussi spirituelle: « l’ego vain de l’individu doit être dissolu. Car c’est seulement par son élimination intégrale que peut se révéler le principe caché et profond : la vérité. » Tout comme Rainer Maria Rilke, Brancusi nous dit que la meilleure approche de l’art n’est pas la perspective critique, mais l’amour dans la mesure où : « ce qui a vraiment un sens dans l’art, c’est la joie. Vous n’avez pas besoin de comprendre. Ce que vous voyez vous rend heureux ? Tout est là ! » Pour lui, l’art moderne c’est le beau qui n’est pas autre chose que l’équité absolue. L’art doit réjouir et guérir : «ceux qui ont gardé dans leur âme l’harmonie qui habite tout, qui se trouve dans l’essence même des choses, comprendront très facilement l’art moderne, parce qu’ils peuvent vibrer sur les mêmes cordes que la nature.» dira Brancusi.

Les trois dimensions de la lumière

Ahmed Moustafa, Les Trois Dimensions de La Lumière, fenoon.com

Rûmi ou Mohammad Jalal al-dine Rûmi (1207-1273) est cet autre poète parmi les plus inspirés de la littérature persane et l’un des mystiques les plus incandescents de l’Islam spirituel […] Son œuvre entière lyrique ou didactique, prose ou poésie est le reflet de ses découvertes intérieures et de ses extases. Elle est à la fois le miroir de son âme et une invitation à le suivre dans ce monde plus réel que le monde matériel, le monde des archétypes, que les mystiques persans désignaient comme «le monde imaginal». L’œuvre de Rûmi pointe vers lâmakân, ce lieu qui n’est pas un lieu. Elle est hors du temps, et donc pour tous les temps. Elle est comme l’amour véritable, une lucarne vers les profondeurs du soi et de l’infini du ciel, un océan sans rivage.*

The Coiling Of Day And Night L'enroulement du jour et de la nuit

Ahmed Moustafa, The Coiling Of Day And Night, Mathaf Gallery

Musique du film Bab Aziz composée par Armand Amar, « Poem of the Atoms » de Rûmi est chanté par Haroun Teboul et Salar Aghili

Poem of the Atoms
O day, arise!
The atoms are dancing
Thanks to Him the universe is dancing
The souls are dancing, overcome with ecstasy
I’ll whisper in your ear where their dance is taking them
All the atoms in the air and in the desert know well, they seem insane
Every single atom, happy or miserable
Becomes enamoured of the sun, of which nothing can be said

Compatibility

Ahmed Moustafa, Compatibility, fenoon.com

Un très court extrait de l’interview en anglais de Ahmad Moustafa menée par Anna Seaman en novembre 2014, lors d’une expoAhmed Moustafasition à Abu Dhabi: Master calligrapher works with tapestries.

-I’m really interested in your description of “The Attributes of Divine Perfection” in Islamic geometry and calligraphy. How you tackle the process of representing that in your art?

-The answer to your question is not an easy task. One of the most important conditions to be fulfilled when I tackle something relevant to the realm of Divine Perfection is firstly to divorce myself from any affiliation with my ego. This is an obligatory prerequisite for sharpening the heart and mind in order to see clearly and meaningfully. This also qualifies the intellect of humankind to grasp the wonders of the correlation between the visible and invisible realities. This is not a straightforward practice, since a successful outcome of this procedure is dependent on a lifetime of contemplation and experience. The next step is just as challenging as the first, where comprehension and meaning have to be coined into signs and symbols capable of bridging the hearts and minds of those who have dived into the sea of creative possibilities as well as those who are in doubt of its existence.

Ahmed Moustafa Variante de consultation consultation__inception_gallery[1]

Ahmed Moustafa, Variante de Consultation, Inception Gallery

-As the only work by a Muslim artist to be in the collection of the Vatican, and having been chosen by Queen Elizabeth II as an official gift during her state visit to Pakistan, how important is cross cultural communication for you as an artist?

-Being an Egyptian, nothing encouraged me to work from England for the last 40 years more than my belief in the power of art in cross-cultural communication.

The Blue Fugue

Ahmed Moustafa, The Blue Fugue, fenoon.com

-The five tapestries that you are displaying at Abu Dhabi Art represent both a spiritual and artistic journey that has been years in the making – would you say they are the culmination of your artistic career?

-By definition, a spiritual and artistic journey will never come to a culmination. These works represented in the five tapestries are only an important signpost on one of many horizons in my creative career.

Interior in the exterior (2)

Ahmed Moustafa, Interior in the Exterior, fenoon.com

Pour en savoir plus

http://www.fenoon.com/fenoon/fenoon.html

http://www.thecubeofcubes.com/cube/the_cube_fr.html

*Rûmi, La religion de l’Amour, Textes choisis et présentés par Leili Anvar

Collections Sagesse, Editions Points.

Œuvre 1: Ahmed Moustafa, Night Journey, Inception Gallery

The ship

Ahmed Moustafa, The Ship, Artsy.net