Jardins d’Espagne

La pluie douce a baigné vos collines, amis !
De lignes et couleurs tissées, elles s’habillent
De chaque fleur, là-bas, une étoile a jailli
Que votre robe rouge effleure, ô jeunes filles !
La vie était verdeur, le temps était jeunesse…
Et l’eau que je goûtais à ses lèvres, ivresse

Ibn Zaydûn

(Cordoue 1003 – Séville 1071)

ʿAbd Allah ibn Djibrîl ibn BakhtyaschoûʿBNF@Polyxenia en Méditerranée

Je dédie ce billet et le message d’altérité, d’amour, d’ouverture, de paix qu’il porte à toutes celles et tous ceux qui font une halte, l’espace d’un instant aux Belles Sources, à celles et ceux qui se retrouvent de manière fortuite sur les rives de ces mêmes Belles Sources. Je vous remercie toutes et tous du fond du cœur de vos visites très appréciées, et vous souhaite de finir cette année en douceur afin d’accueillir la nouvelle avec beaucoup de poésie, de fleurs et de couleurs.

Comment résister à Amel Brahim Djelloul qui conjugue douceur, sensibilité, grâce, simplicité et talent pour nous ouvrir à des univers musicaux qu’elle sublime de sa voix aux accords purs et intenses et suivant des lignes mélodiques très hautes vibrantes, rayonnantes de lumière? François Laurent (Diapason) dira de la soprano: « Amel Brahim Djelloul navigue, en plein soleil, de Monteverdi à Rameau, de Mozart à Messager, mais garde toujours un œil sur ses racines ». Et que dire de son frère Rachid Brahim Djelloul, musicologue allant de par le monde participer à des colloques et émissions rendant compte de ses travaux de recherche sur les musiques traditionnelles du pourtour méditerranéen, activité qu’il mène en parallèle avec sa carrière de musicien violoniste ?

A même rive

Rêver : que la beauté
Soit vérité, la même
Évidence, un enfant
Qui avance, étonné, sous une treille.
Il se dresse et, heureux
De tant de lumière,
Tend sa main pour saisir
La grappe rouge.

Yves Bonnefoy

Amel et Rachid, artistes aux talents multiples sont originaires de Miliana, ville millénaire qui a donné naissance à tant de talentueux artistes connus ou moins connus. Tous deux passionnés dès leur plus jeune âge de musique, suivront naturellement cette voie qui les portera loin, et les amènera à explorer non seulement les possibilités qu’offraient leurs voix respectives sur divers répertoires et registres musicaux, mais aussi à contribuer à enrichir, valoriser, vivifier, à l’instar d’autres artistes, les innombrables richesses du patrimoine culturel algérien ancestral dans ses composantes berbère et arabo-andalouse.

Poésie en hommage à l’Amour et à la Beauté

Amel Brahim-Djelloul commencera d’abord par étudier le violon, puis s’essaiera au chant à Alger en 1995 dans la classe d’Abdelhamid Belferouni. Frappé par son potentiel exceptionnel, ce dernier lui conseillera d’aller explorer, travailler sa voix de soprano outremer sur d’autres styles musicaux, ce qu’Amel fera. Elle poursuivra ainsi sa formation auprès de Noëlle Barker, Frantz Petri à l’ENM de Montreuil, puis de Peggy Bouveret au Conservatoire national supérieur de Musique et de Danse de Paris, où elle obtiendra son diplôme avec les félicitations du jury. Elle passera par le « Jardin des Voix » de William Christie, et se produira sur les scènes les plus prestigieuses du monde. En 2007, elle sera nommée dans la catégorie Révélation lyrique des Victoires de la musique.

Fière de ses origines et très soucieuse de les défendre, Amel fera le choix d’élaborer le programme de son premier CD « Les 1001 nuits » (label Ame Son) autour des célèbres contes orientaux, CD qui sera accueilli très favorablement par la presse. Dans le CD suivant « Amel chante la Méditerranée -Souvenir d’Al Andalous », elle interprétera des pièces du patrimoine ancestral arabo-andalou que son frère Rachid adaptera. Elle enregistrera également un CD avec Nicolas Jouve « Populaires » (Eloquentia) qui célèbrera l’alliance de la tradition populaire et des compositeurs tels Brahms, Ravel, Canteloube, Collet, Respighi, Guridi ou encore Hahn, « Canciones » avec C Barré, ainsi que des programmes méditerranéens avec l’Ensemble musical Amedyez fondé par Rachid Brahim Djelloul.

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Le parcours riche d’Amel lui offrira l’opportunité d’aborder sur de prestigieuses scènes plusieurs rôles majeurs tels que Susanna dans Le Nozze di Figaro à l’Opéra d’Angers-Nantes, l’Opéra de Lausanne, le Capitole de Toulouse, Despina dans Così fan tutte à l’Opéra de Nice, l’Opéra d’Avignon avec Adina dans L’Elisir d’Amore, Nanetta dans Falstaff au Théâtre des Champs-Elysées, ou le rôle-titre de Véronique de Messager au Théâtre du Châtelet à Paris… Elle sera aussi régulièrement invitée par de nombreux orchestres dont l’Orchestre Symphonique National Algérien, l’Orchestre national de France, la National Symphony Orchestra de Washington, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, le National Philharmonic d’Ukraine, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, l’Orchestre des concerts Pasdeloup, l’Orchestre national d’Ile-de-France, l’Orchestre Philharmonique du Maroc… et les ensembles dont Les Arts Florissants, Le Poème Harmonique, 2E2M, Mezwej, les Talents Lyriques, le Quatuor Debussy …

FeteMusicale@ledeblocnote

Artiste aux inépuisables talents, Amel élargira sa palette artistique en cette saison 2018/2019 dans le cinéma où elle jouera un rôle de premier plan dans « Terminal Sud », du réalisateur Rabah Ameur Zaïmache, ceci après avoir vécu une belle expérience dans l’univers de la danse avec la création de « East/Requiem », d’après le requiem de Fauré, recréé par Sidi Larbi Cherkaoui et Wim Henderickx aux côtés de l’Opéra Ballet Vlaanderen. Les diverses prestations d’Amel ont toujours suscité enthousiasme et enchantement aussi bien auprès de la presse que du public et ce, sur les deux rives de la Méditerranée. En voici quelques échos:

« […] Elle entonne l’air  Ey Ṣeh-i melek Cefâ u cevr ile inletme beni – Oh le plus grand des anges, ne me fais  pas gémir par le tourment et l’oppression. La voix se pare de teintes chaudes, de  couleurs orientales. Nous sentons le délicat parfum des épices nous enivrer. Le timbre est soyeux. La soprano confère aux notes harmoniques ainsi émises une gamme d’accents subtils » BaroquiadeS Jean-Stéphane Sourd Durand 2017

«Un mariage que vérifie la cohésion des artistes très complices sur scène. La superbe soprano Amel Brahim-Djelloul, incarnation de la Muse, triomphe avec art en incarnant idéalement cette rencontre. Elle passe sans aucune peine les deux rives du chant tant européen qu’ottoman. Un voyage passionnant, voire extatique pour l’auditeur tant cette soirée transporte. On ne peut que trouver géniale cette proposition dans notre contexte d’intolérance et de peur de l’autre» LaRevueduSpectacle.fr Christine Ducq 2017

«La soprano Amel Brahim-Djelloul semble tout à fait à l’aise. Son lyrisme naturel évoque parfois une lamentation, verse dans une certaine tristesse, ou nous entraîne dans l’ivresse d’une mélodie entêtante» Classicagenda – Julien Bordas 2017

«Amel Brahim Djelloul a entrainé le public de l’Opéra Boualem Bessaih d’Alger dans un «tourbillon» artistique […]. L’interprétation magistrale de cette composition lyrique a suscité, à chaque reprise des standings ovations. […] Amel Brahim Djelloul a transmis son émotion, un message. Elle a travaillé en profondeur sur la technique, les paroles, les nuances, l’interprétation et la transmission. Vive et pétillante, la chanteuse a illuminé la scène dans la plus élégante des musiques […]. En troisième partie de cette soirée, la cantatrice Amel Brahim Djelloul, a puisé dans le répertoire musical universel et algérien dont « Ay al xir inu » […] du chanteur compositeur Idir» Sud Horizons – Amel Brahim Djelloul raconte les Mille et une nuits – Rym Harhoura 2017

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Amel Brahim Djelloul, Amore dans l’Incoronazzione di poppea, mise en scène  Bob  Wilson, Garnier 2014

Rachid Brahim Djelloul est un musicien aux nombreux talents : violoniste, musicologue, et directeur artistique de l’Ensemble Amedyes. Il débutera sa formation musicale au conservatoire d’Alger auprès du professeur russe Taoufik Aslanov, et deviendra à vingt ans, professeur de violon. Parallèlement au conservatoire, il suivra des études en musicologie en Algérie qu’il poursuivra en France autour de deux sujets: «Instruments de l’orchestre de l’École d’Alger», «Étude comparative entre les rythmes de l’École d’Alger et celle de Tlemcen». Passionné de musique traditionnelle, il poursuivra ses recherches dans le cadre d’une thèse de Doctorat.

rachid-brahim-djelloul-©-dr orchestre de Cannes

De formation classique, Rachid ne viendra au violon oriental que tardivement. En brillant instrumentiste, il collaborera au sein de différents orchestres symphoniques et ensembles dont celui de musique arabo-andalouse El Mawsili. En soliste ou en musique de chambre, il jouera au sein du quatuor à cordes Hypothénus,  en duo avec la pianiste Sonia Mechri, accompagnera des œuvres théâtrales, et participera à de nombreux enregistrements de musique classique et traditionnelle, de jazz et de variété.

Sa rencontre avec la musique ottomane et ses dérivés sera d’une grande inspiration pour lui, et l’opportunité que lui offrira sa sœur Amel de réaliser un CD autour des chants et des musiques de Méditerranée sera pour lui, l’opportunité de mettre au service des musiques traditionnelles de Méditerranée sa double culture musicale, et d’y apporter son cachet personnel. Il programmera donc cet album qui mettra en évidence les liens du bassin méditerranéen. Ce projet sera l’aboutissement d’un travail mené sur dix ans.

Extraits de l’album « Amel chante la Méditerranée – Souvenirs d’Al Andalous » avec l’ensemble Amedyaz

Rachid Brahim Djelloul collaborera par ailleurs à deux ouvrages : l’un sur la musique populaire « Châabi » d’Algérie (Ed. El-Ouns/UNESCO), l’autre sur la musique arabo-andalouse (CD interactif/Ed. El Ouns). Ces diverses expériences amèneront Rachid Brahim Djelloul à créer l’ensemble Amedyez dont l’objectif serait de faire fleurir toute la diversité et la richesse d’un patrimoine méditerranéen multiple – et pourtant féru de résonances communes. Le premier projet de cet ensemble sera justement le spectacle qu’il réalisera avec sa sœur «Amel Brahim Djelloul chante la Méditerranée – Souvenirs d’Al Andalus». Par la suite, il créera une classe de violon à l’ENM de Gennevilliers, où il enseignera les musiques de tradition méditerranéenne.

Groupe Amedyez

Ensemble Amedyas

Pour en savoir plus

http://www.amelbrahimdjelloul.com