« C’est pourquoi, même ici-bas, il faut dire que la beauté consiste moins dans la symétrie que dans l’éclat qui brille en cette symétrie et c’est cet éclat qui est aimable » Plotin, Ennéades VI

« La peinture est un art, et l’art dans son ensemble n’est pas une création sans but qui s’écoule dans le vide. C’est une puissance dont le but doit être de développer et d’améliorer l’âme humaine » Wassily Kandinsky

A travers ce petit voyage pictural, je souhaite rendre hommage aux artistes peintres, plasticiens de Miliana et de ses environs. On se rend vite et tristement compte que l’on sait peu de choses finalement sinon rien de ces artistes puisque leurs œuvres ne sont pas répertoriées ou de manière anecdotique, et qu’ils se situent dans une sorte de hors champ rarement volontaire. Si les itinéraires des artistes restent sommairement connus, la vitalité artistique, elle, est riche et foisonnante de leur talent certain, ou au minimum de leur potentiel artistique évident qui ne demande qu’à être  révélé, favorisé, encouragé, développé, connu et surtout reconnu. L’indigence des moyens, le manque voire l’absence de visibilité, de reconnaissance, l’absence aussi d’une audience attentive, n’empêchent pourtant pas ces artistes méritants de continuer à exprimer le sensible, le beau, l’esthétique, le désordre des choses, les ombres et les lumières qui les traversent, traversent la société. L’art et la culture, faut-il le rappeler, insufflent vie, sens et cohésion au sein d’une société, et ainsi que le disait Mhamed Issiakhem sur lequel je reviendrai plus longuement ultérieurement: « Un pays sans artistes est un pays mort ». La peinture, la musique, le cinéma, le théâtre, la danse, la sculpture ont cette vocation de nous faire rêver et de nous donner un autre angle de vue sur l’existence, de nous ouvrir des horizons en nous faisant réfléchir et élargir nos points de vue sur la vie.

En guise d’hommage à tous ces artistes peintres, plasticiens qui nous donnent tant de la beauté qu’il y a en eux, je dédie ce petit passage de Tahar Djaout poète, écrivain, critique d’art, et leur exprime mes plus chaleureux remerciements, ma reconnaissance même pour m’avoir offert tant d’instants de rêves, de plaisir, de joie, de bonheur : « Dans L’invention du désert, tout juste avant la longue célébration de l’oiseau […] « Il y a toujours dans le groupe en marche (en fuite?) un jeune homme à l’esprit délétère qui porte, en plus du poids du ciel affalé sur le désert, une peine supplémentaire – dans les couloirs de sa tête des milliers de battement d’ailes, des pâturages sans limites, des filles aux lèvres fruitières. Il connaît déjà la mer, la vastitude de l’eau dansante et l’écartèlement des rivages. Une solitude d’enveloppe, lui tisse une aura d’étrangeté, l’exclut de la caravane. C’est pourtant à lui de trouver l’eau, la parole qui revigore, c’est à lui de révéler le territoire – de l’inventer au besoin. C’est à lui de relater l’errance, de déjouer les pièges de l’aphasie, de tendre l’oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées ». Ce serait un semblable territoire – dans la dimension double de la nature et de l’histoire – que la peinture, selon Djaout, à sa façon révèle, invente. Et ce sont ces terres traversées par les peintres qu’il aura, dans leur vastitude et leur diversité, tenu d’un bout à l’autre de son itinéraire à nommer, pour les partager, sous la lumière frisante des mots.»*

Place aux artistes donc et à leurs œuvres aux sensibilités diverses, une palette expressive riche de couleurs vives, chaleureuses, chatoyantes, de la douceur des tons pastel délicats et apaisants, de l’ombre d’un platane, ou de la fraîcheur d’une fontaine, d’une lumière estompée et rassurante,  ou d’un trait fin, précis fouillant le détail, ou encore de formes et gestes amples, souples, gracieux, et harmonieux… Un regard, mon regard chargé de nostalgie, de poésie, de souvenirs évocateurs de fragments de vie précieux, doux, et tissés d’affection, de tendresse, d’amour pour les personnes aimées, pour Miliana… Ce petit voyage pictural, sans être exhaustif, est une magnifique mosaïque dont la force est dans sa sensibilité, son émotion, son rêve, son imagination, sa créativité. Chers artistes, merci de tout cœur pour tous ces instants et impressions aux couleurs de l’imaginaire, du rêve, de la joie, du bien-être. Puissiez-vous toujours enchanter nos regards, nos cœurs, nos êtres de votre beauté, de vos rêves, de vos horizons illimités et de vos couleurs…  

« Puisque la beauté est rencontre, toujours inattendue, toujours inespérée, seul le regard attentif peut lui conférer étonnement, émerveillement, émotion jamais identiques » François Cheng, L’éternité n’est pas de trop.

Abderrazak Djezzar dit Zazac (1926-2001) avait une multitude de casquettes: ancien sportif, photographe, musicien, artiste peintre, sculpteur, et cinéaste. Il a voué sa vie entière au développement et à l’épanouissement de la Culture à Miliana, sa ville natale, à laquelle il était profondément attaché depuis sa tendre enfance. Dès sa prime jeunesse, il commencera à découvrir le monde fascinant des formes et des couleurs en côtoyant le grand peintre Ferondeau qui résidait à cette époque à Miliana. En 1954, il décrochera « Le Premier Prix de la Ville d’Alger », lors d’un concours de peinture, et participera à de nombreuses expositions tenues en France dans le cadre du jumelage de Miliana avec Tarbes. Abderrazak Djezzar réalisera plusieurs œuvres dans une véritable symphonie de couleurs et de lumière, sa source d’inspiration s’enracinant dans le site pittoresque de Miliana. Il réalisera deux fresques en céramique érigées sur un magnifique jet d’eau célébrant glorieusement l’histoire révolutionnaire de Miliana ainsi que sa richesse culturelle. Il formera également un orchestre de musique chaâbi et andalouse, et versera avec autant de passion dans la production de films de type documentaire. Il collaborera aussi avec le réalisateur Lamine Merbah pour son film « Les déracinés ». Zazac, en artiste accompli, et en raison de ses valeurs humaines élevées restera comme une icône, à jamais ancré dans la mémoire collective milianaise.  

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Abderzak Djezzar ZazacAbdelkader Ferhaoui est né en 1948 à Oran. Ayant enseigné les arts plastiques à Miliana pendant de nombreuses années, il adoptera naturellement cette ville et sera adopté tout aussi naturellement par elle, à ce jour. Abdelkader ferhaoui est un artiste peintre diplômé de l’école des Beaux-arts d’Oran. Il a collaboré à divers  projets artistiques et participé à des décors de films. En 2013, un hommage lui a été rendu au 3e Salon national des arts plastiques à Oran. Il a fait une exposition individuelle à Oran en 2011, et a participé à plusieurs expositions collectives à Oran et Alger. L’artiste Abdelkader Ferhaoui n’est pas reconnu, à mon sens, à la juste valeur de son immense talent et cela est bien triste.

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Djamel Touat (1956) est archéologue, attaché de recherche et artiste plasticien. Il a été l’auteur d’une étude générale sur « La manufacture d’armes de l’Emir Abd el Kader, et a dirigé les travaux de restauration des bâtiments et des équipements de cet édifice d’une grande importance historique. Djamel Touat est un artiste aux multiples talents.  Constamment en mouvement, en effervescence, il explore en permanence de nouvelles techniques, de nouveaux matériaux pour ses créations artistiques. Le Musée Emir Abd El Kader de Miliana abrite plusieurs de ses oeuvres dédiées aux batailles historiques de Miliana et à ses héros. La plasticité, la souplesse de sa pensée créative lui permettent d’aller avec une très grande aisance dans tout ce qui a trait à l’art. En plus d’être peintre plasticien, Djamel Touat est scénariste, scénographe, illustrateur, bédéiste, sculpteur et j’en oublie certainement. Un génie de la création tellement prolifique qu’il est très dommage et dommageable qu’il ne soit pas davantage connu. Son inspiration? Il la trouve principalement dans le magnifique jardin de Miliana verdoyant, calme, propice et prompt à alimenter sa créativité toujours en mouvement et constamment renouvelée.

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Abdeslam Bouzar était un haut cadre bilingue de l’Administration Centrale de l’Algérie, et ancien membre du Cabinet du Ministre de l’Information et de la Culture. Abdeslam Bouzar est artiste peintre amateur dans ses moments de détente, mais à la retraite actuellement et à quatre-vingts ans, il s’y consacre pleinement. Abdeslam Bouzar peint à volonté des paysages luxuriants et lumineux qui l’interpellent, et les habille de sa belle touche impressionniste. La lumière de sa région natale, Miliana, demeure une source d’inspiration intarissable. Il s’y promène, au hasard de ses pérégrinations, s’installe un temps pour retrouver les lieux qui ont bercé son enfance et sa jeunesse et les exprime superbement sur ses toiles. «Quand un détail me gêne, explique-t-il, je le supprime carrément. Je reste fidèle à ma thématique de la nature. J’apprécie ce qui est ancien et également tout ce qui est beau, surtout quand je retourne chez moi à Miliana.» Ses voyages et les souvenirs qu’il en a gardés, constituent son autre source d’inspiration.

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Nourreddine Nedjaï dit Sid Ali est un ancien professeur de dessin. Il est diplômé de l’école des Beaux-arts d’Alger. Il est peintre, sculpteur, céramiste. Sa production artistique de haute facture est très prolifique, mais trop peu visible à mon sens, de même que son itinéraire artistique, et cela est profondément désolant.

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Mhamed et Amira Kouadri (père et fille) Mhamed Kouadri professeur d’arts plastiques et sa fille Amira, cousin et nièce de l’artiste Djamel Touat. L’art chez eux est une histoire de famille, de couleurs flamboyantes et de notes harmonieuses qui se transmettent avec passion de génération en génération.

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M. Kouadri Amira Kouadri

Benyoucef Abbas Kebir (1956) est archéologue, ancien directeur du musée de la Manufacture de l’Emir Abdelkader, musicien, illustrateur et bédéiste. Il a publié sa première page de BD dans L’Unité en 1977, et a depuis travaillé comme illustrateur et dessinateur pour la presse algérienne et arabe. Parmi ses ouvrages on peut citer « L’orchestre aux bananes » en collaboration avec Djamel Touat, « Abdelmoumen Ibn Ali Le Chevalier du Maghreb (1100) », « L’histoire de l’Algérie », « 17 octobre – 17 bulles », « Le petit Omar » en collaboration avec S. Amirat, «L’Histoire de l’Algérie», «Rais Hamidou, le corsaire d’Alger», «Figures héroïques du Maghreb» (Enag Éditions, 2009), «El Kahina, la reine des Aures» (Enag Éditions, 2010). BenyoucefAbbas Kebir est régulièrement sollicité pour participer à des salons de la BD nationaux et internationaux. Profitant de sa retraite récente, il se consacre pleinement à la BD, la musique, et anime des conférences sur l’histoire de Miliana et de l’Algérie en général.

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Boule de suif une nouvelle de Guy de Maupassant

BAK DT Orchestre aux Bananes@Bédéthèque

L’orchestre aux Bananes

André Eugène Bloch était chargé de l’Archéologie de l’arrondissement de Miliana, d’où sont nées ses profondes motivations pour les recherches historiques. De retour en France, il mènera des travaux de recherche sur l’histoire, la géographie et la culture de Miliana qui représentera pour lui « sa ville d’origine et sa vraie patrie ». Il publiera trois ouvrages sur Miliana: « Miliana par les textes » aux éditions Ziriab à Alger en 2002; « Une épopée coloniale dramatique » aux éditions Maisonneuve la Rose à Paris en 2003; « Sidi Ahmed Benyoucef, Saint tutélaire de Miliana » aux mêmes éditions en 2004

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André Eugène Bloch

Koudil artiste peintre (aucune information trouvée à son sujet)

Koudil (2)miliana.com

Ahmed Bencharif (1945-2004) Ingénieur dans le domaine de l’exploitation et de la gestion de gisements de pétrole. Ahmed Bencharif pratiquait son art en autodidacte, et s’inspirait beaucoup des paysages du Sahara ou de la Méditerranée, d’où les couleurs ocre et bleue de ses tableaux. Loin de Miliana et isolé dans le désert en raison de son travail, la peinture le ressourçait et lui procurait détente et sérénité.

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Marcelo Fabri de son vrai nom Marcel-Louis Faivre (1889-1945) est poète, écrivain, philosophe, critique d’art, pamphlétaire, peintre, mélomane. Il décide tout naturellement de faire mieux connaître à Paris l’originalité des sources méditerranéennes de l’art naissant à Alger dont il est à vingt ans, l’un des plus ardents animateurs. Il collabore aux journaux et revues culturelles d’Alger, prend le pseudonyme de Marcello Fabri en 1909, à l’occasion de son premier ouvrage, « Hallucination ». Parmi ses amis les plus proches, les peintres Ferrando, aux côtés duquel il exerce ses propres dons pour l’art pictural, Gaudissard et Thomas-Rouault. Il peint principalement dans les années 1910-1930 des oeuvres consacrées au Sahel et à la nature algéroise.

Marcello Fabri

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Youcef Sahraoui (1952) est diplômé de l’école des Beaux-arts d’Alger. Il a d’abord exercé son métier d’artiste peintre pendant dix ans avant de poursuivre une formation en arts plastiques à Madrid qui le mènera au métier de concepteur de modèles de céramique traditionnels qu’il exerce à Alger.

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Mahdjouba Djane Ahmed (1958) Passionnée par l’art et inspirée par Léonard de Vinci et Nasreddine Etienne Dinet, Mahdjouba passera son temps à dessiner et à peindre les roses et les fruits de son jardin.  Elle suivra une formation artistique courte en premier lieu, puis la développera un peu plus tard grâce à des cours par correspondance à l’Ecole Universelle de Paris pendant deux années. C’est à l’issue de cette formation que Mahdjouba, munie de sa palette rayonnante de ses chaudes couleurs, peindra avec beaucoup de sensibilité et de douceur des paysages verdoyants, des monuments et sites pittoresques de Miliana, ainsi que des natures mortes. Elle participera timidement à de nombreuses expositions individuelles et collectives. Le musée de la Manufacture de l’Emir Abdelkader lui rendra un vibrant hommage en exposant l’ensemble de ses œuvres. Entre peinture à l’huile, aquarelle et encre de chine, l’artiste Mahdjouba Djane Ahmed a produit plus de trente-cinq œuvres, mais reste inconnue en dehors d’un cercle très restreint. 

Mme Djane Ahmed

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Ahmed Stambouli est né en 1957 à Khemis-Miliana (Ex. Affreville). Il commencera sa formation artistique en Algérie et la poursuivra à l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Paris. Il sera professeur de Dessin, puis de Peinture à l’Ecole Nationale des beaux-arts de Mostaganem de 1987 à 1998. Ahmed Stambouli utilisera le répertoire symbolique traditionnel algérien comme point de départ pour fonder son propre langage plastique. Il est dit de cet artiste qu’il « s’est abreuvé à la fontaine de jouvence, d’où s’écoulent ses œuvres au caractère candide et abstrait qu’il crayonne avec l’âme de l’enfant qu’il n’a jamais cessé d’être, tant et si bien qu’il se dégage l’agréable avant-première impression que l’ancien directeur de l’annexe des Beaux-Arts de Mostaganem (1994-1995) a réussi dans l’édition des livres de coloriage que les adultes n’ont pas ! »

Ahmed Stanbouli

Ahmed Stambouli@skyrock.com

Augustin Ferrando artiste peintre déjà présenté sur les Belles Sources (lien ci-dessous)

https://lesbellessources.com/2018/04/14/miliana-augustin-ferrando/

Augustin Ferrando La baie d'Oran

Augustin Ferrando, La baie d’Oran

Augustin Ferrando Femmes cueillant des fleurs@blouinart sales index

Augustin Ferrando, Femmes cueillant des fleurs

Sources et ressources

*Extrait de « L’invention du regard  Tahar Djaout et la peinture algérienne contemporaine » par Michel-Georges Bernard

http://www.miliana.com

http://www.ahmedstambouli@skyrock.com

http://www.bedetheque.com

blouinart sales index