Le comédien parisien Michael Lonsdale et le musicien auteur, compositeur angevin Thierry Robin nous invitent dans leur univers poétique qui n’est que finesse, délicatesse, humilité aussi dans cet hymne à la Fragilité, à l’infime Beauté qu’ils nous offrent avec tant de simplicité, tant de  générosité… Bonne écoute…    

« Avec l’Ombre d’une source, Michael Lonsdale et Titi Robin font offrande, en duo, d’une ode à la lenteur, à la simplicité, à la sérénité. Le premier récite des textes du second, qui l’accompagne à la guitare, à la vièle robâb (ou rebab) et, le plus souvent, au luth bouzouq. On est saisi par la densité émotionnelle qu’ils distillent dans un délicat goutte-à-goutte, à l’ombre d’une source… « Un intense dialogue fusionnel », souligne Titi Robin, qui a conçu pour et avec le comédien cette œuvre singulière, aux fragrances méditerranéennes.

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Hernandez, Brume sur la rivière, Galerie Art en Seine

« Nous nous sommes rencontrés au Festival de la poésie de Sète, où Michael se produisait également, rappelle-t-il. Je lui ai montré mon travail d’écriture pour avoir son avis. » Dans les textes du musicien, polyinstrumentiste, auteur et compositeur angevin, l’acteur franco-anglais a aussitôt reconnu l’essence d’un art qui le concerne éminemment : un minimalisme capable de dire la plénitude des choses. « J’aime la limpidité de sa plume, la lente montée de l’émotion », confie-t-il. Deux chants intérieurs – l’un, vocal, et l’autre, instrumental – s’écoulent en une osmose naturelle, pour se fondre à la manière de deux sources dans une rivière. Dénuée d’effets parasitaires, la sobre diction de Michael Lonsdale porte à merveille « le frémissement imperceptible de la pierre » qu’évoque Titi Robin dans Le Caillou et la brindille, ou encore cette «Lumière égarée / Prise dans la brûlure verte des ronces» dans Retour.

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Bernard des Roseaux, Rivière, Art Majeur

« Nombre d’artistes sont des blessés de la vie »

« Titi me touche profondément, quand il parle de brindille, de ces petites choses sans gloire, précise l’ancien étudiant de Tania Balachova. Je suis sensible aux fleurs qui poussent entre deux pierres, à la fragilité, à l’infime beauté. Nombre d’artistes sont des blessés de la vie, ils n’admettent pas le monde et ses injustices. À travers leur art, ils expriment l’invisible. » Depuis plus de trente ans, Titi Robin débusque les moindres flamboiements d’humanité, de solidarité, aux quatre coins du monde, avec une prédilection pour les musiques populaires tsiganes, orientales et méditerranéennes. Parmi ses chefs-d’œuvre : le disque Gitans (1993), le livre-CD Gulabi Sapera, danseuse du Rajasthan (2000), Kali Sultana, l’ombre du ghazal (2008), le triple CD Rives (2011), qui nous emmène sur les côtes du Maroc, de la Turquie et de l’Inde du Nord.

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Véronique Attia, La rivière, Art Majeur

L’enregistrement de l’Ombre d’une source a eu lieu au studio Ferber, en juin. « Michael y est venu chaque jour, depuis la clinique où il était en convalescence suite à un accident, explique Titi. J’ai beaucoup travaillé en amont, afin d’improviser le plus librement possible. » Les deux troubadours ont choisi de ne pas répéter.

De leur accolade impromptue s’épanche un rare élixir. « Je prends en général le parti de peu travailler les textes afin de préserver une fraîcheur et de puiser à l’imprévu comme à une matière première, renchérit le radieux octogénaire. Prendre des risques, c’est important, pour moi. » Et, comme si de rien n’était, il souffle, avec une retenue bouleversante : « C’est peut-être pour prouver que j’existe… Car je suis un fils adultérin, que ma mère a dû cacher à son père, lui-même enfant naturel. »

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Barbara Benedetti Newton, Soir d’été, Pinterest

On recouvre, en l’Ombre d’une source, cette même douceur de dire la douleur, de chanter les rêves et les révoltes. Avec une étonnante prégnance. Deux humbles virtuoses se sont reconnus. Deux petits Princes inventent une poésie miraculeuse, surgie de l’écume du silence. »

Source

http://www.lhumanité.fr