Où ferons-nous la ronde ?

Où ferons-nous la ronde ?
La ferons-nous au bord de la mer ?
La mer dansera de toutes ses vagues,
tressant des fleurs d’oranger.
La ferons-nous au pied de la montagne ?
La montagne nous répondra :
Ce sera comme si les pierres du monde entier
Se mettaient à chanter.
Mieux, la ferons-nous dans la forêt ?
Des chants d’enfants et d’oiseaux
tresseront des baisers dans le vent.
Nous ferons une ronde infinie :
Nous irons la danser dans la forêt,
nous la ferons au pied de la montagne,
et sur toutes les plages du monde.

Gabriela Mistral 1889-1959, Chilienne, Prix Nobel de littérature en 1945

blossoming-almonds-landscape-in-italy-1902.Wikiart

Csontvary Kosztka Tivadar, Blossoming almonds landscape in Italy,1902,Wikiart

Omar Bashir

Munir Bashir, le maître légendaire du oud, aura plusieurs élèves mais un seul disciple, son fils Omar auquel il enseignera son art dès l’âge de cinq ans. Munir Bashir rentrera en Irak avec sa femme hongroise et leurs deux enfants, Saad et Omar, après avoir obtenu en Hongrie son doctorat. Après quelques années passées au Liban, Munir Bashir entamera une carrière internationale. Désireux de transmettre ce patrimoine culturel musical à ses enfants, et notamment à Omar dont le potentiel se révélera très tôt, le père consacrera à ce dernier jusqu’à cinq heures d’enseignement de oud par jour.

pinterestCsontvary Kosztka Tivadar, Pinterest

Naturellement Omar entrera à l’école de musique et de danse de Bagdad à sept ans, donnera son premier concert de oud à neuf ans en solo au conservatoire de Bagdad, jouera avec son père dès l’âge de treize ans, et l’accompagnera régulièrement quelques années plus tard.

En 1991, la famille quitte l’Irak pour s’installer en Hongrie. Omar étudiera, à l’Université Liszt, le piano, le chant et la direction chorale, et participera à plusieurs concerts avec son père dans le monde arabe, aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, et notamment à Paris.

Csontváry_Kosztka,_Tivadar_-_Pilgrimage_to_the_Cedars_of_Lebanon_wikipedia

Csontváry Kosztka Tivadar, Pilgrimage to the Cedars of Lebanon, wikipedia

La disparition de Munir Bashir en 1997 marquera un tournant important dans la carrière de Omar qui cherchera alors sa propre identité musicale en expérimentant différents instruments et techniques, et en explorant des styles musicaux qui lui sont proches, qu’ils soient ceux des tziganes hongrois ou des gitans. Les Gypsy King l’autoriseront même à utiliser l’une de leurs chansons. Il collaborera avec plusieurs artistes internationaux, recevra distinctions et prix dans le monde arabe, aux Etats-Unis et en Europe où il effectuera plusieurs tournées de concerts et enregistrements de CD.

Csontváry_Kosztka,_Tivadar_-_Town_at_the_Seashore_(ca_1902)wikimedia commons Csontváry Kosztka Tivadar, Town at the Seashore, Ca 1902, wikimedia commons

À partir de ses improvisations sur quelques-uns des maqams arabes les plus importants, Omar cherchera à mettre en avant leur relation avec d’autres cultures. Tout en s’appuyant sur l’héritage musical transmis par son père, Omar Bashir ouvrira en permanence sa musique à des influences autres, cherchant des liens, des affinités entre la musique de son pays natal et celles du reste du monde, des influences allant de l’Inde à l’Andalousie en passant par l’Irak et la Turquie.

Pinterest (3)

Csontvary Kosztka Tivadar, Pinterest

Omar Bashir saura être à la hauteur de son double et lourd héritage, celui de la renommée de son père et celui de la tradition musicale, et deviendra à son tour non plus le « fils de », mais un grand artiste qui contribuera à vivifier la musique arabe, à lui garder son cachet traditionnel tout en l’ouvrant, la nourrissant d’autres styles musicaux.

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Csontváry Kosztka Tivadar, 1901 Naplemente a Nápolyi öbölben, wikimedia.org

Je vous propose d’écouter trois pièces musicales : La première « To my mother » dont la ligne mélodique riche est agrémentée d’ornementations si belles, raffinées et harmonieuses, et c’est toute la magie de cet instrument noble le oud que d’exprimer avec beaucoup de sensibilité amour, tendresse, douceur, joie ou tristesse, nostalgie aussi, une composition au flux dense de l’amour maternel exprimé, légère, aérée, aérienne même. La fin du morceau se dessine comme une étreinte pleine de tendresse qui semble ne pas vouloir se terminer, qui se prolonge encore et encore. Sublime de sensibilité, de profondeur, d’amour. Une deuxième œuvre magnifique de ses belles nuits andalouses rêveuses, ensorcelantes, chantantes, riantes, vibrantes d’émotions et nostalgiques à souhait « Al Hambra ». Enfin une troisième composition « Love and Peace » pour dire toute la douceur, l’ouverture, la tolérance, l’amour, la tendresse et bien plus encore que recèlent ces deux simples mots.

Pont romain à Mostar (Római híd Mosztarban, 1903) (1903)wikipedia

Csontváry Kosztka Tivadar, Pont romain à Mostar, 1903, wikipedia

Csontvary Kosztka Tivadar

En découvrant l’artiste peintre Csontvary Kosztka Tivadar, en 1948 à l’ambassade hongroise à Paris, Picasso s’écriera: “Je ne savais pas qu’à part moi, notre siècle avait un autre grand artiste”.

C. Kosztka Tivadar né en 1853 est un artiste hongrois que l’on peut considérer comme un pionnier de l’art moderne. Entre expressionnisme et abstraction, ses œuvres, d’une grande intensité et aux confins de plusieurs styles dégagent également une atmosphère surréaliste.

Csontváry_Kosztka_Tivadar_-_1901_-_Holdtölte_Taorminában[1]wikimedia commons

Csontváry Kosztka Tivadar, 1901, Holdtölte Taorminában, wikimedia commons

En 1874, il fera des études de pharmacien comme son père, puis de droit. A 27 ans alors qu’il sera à Iglo dans les monts Tatras pour se soigner, il aura une vision mystique à travers une voix qui lui soufflera : « Tu seras le plus grand des peintres de l’écliptique, encore plus grand que Raphaël ! »

Prenant avec le plus grand sérieux cette « révélation », il se mettra alors à dessiner, et décidera en 1881 de tout quitter pour réaliser sa vocation de peintre. Il ira d’abord à Rome étudier les fresques de Raphaël mais n’y trouvant pas la nature, le soleil et ses couleurs, il poursuivra son périple à Paris, en Allemagne et dans toute l’Europe à la recherche de cette nature vivante. Il visitera les pays méditerranéens (Dalmatie, Grèce, Italie), l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient (Liban, Palestine, Egypte, Syrie), puis retournera en Hongrie.

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Csontváry Kosztka Tivadar, Le cèdre solitaire, 1907, Wikipedia

En 1902, il empruntera pour reprendre sa quête des couleurs et des lumières du soleil, ce qui provoquera les moqueries de ses contemporains qui le prendront pour un fou. En 1905, il trouvera enfin Baalbek « la ville du soleil ». Csontvary Kosztka Tivadar réalisera ses plus grands travaux entre 1903 et 1909. Il créera un style expressionniste et surréaliste avant l’heure et ceci est vrai surtout pour ses paysages. A sa mort en 1919, sa famille décidera de vendre toutes ses œuvres, d’en faire des couvertures de camions. Ces dernières seront sauvées de justesse par un jeune architecte collectionneur qui les achètera toutes.

wikimedia commons

Csontváry Kosztka Tivadar, Wikimédia Commons

Ressources

http://www.maisondesculturesdumonde.org

http://www.ideoz.fr