Lluis Llach avec quatre « L », les ailes de la liberté, les ailes du rêve engagé. Extraordinaire poète qui, après tant d’années de scène, de tournées à travers le monde, et sans doute de déceptions, a su garder aussi intacts et le sourire et la révolte, de même que la générosité  et l’humour! Lluis Llach est un auteur compositeur interprète catalan dont le chant d’espoir  « L’Estaca » deviendra l’hymne catalan de résistance au fascisme de Franco. Pourchassé par l’oppression franquiste et contraint à l’exil, il n’arrêtera pas de chanter en catalan, obstinément et toujours, la condition humaine, la vie, la liberté, l’amour, le soleil, la nuit, la mer, le vent.

2Des rochers au bord de la mer Huile sur toile 100x100

Josep Teixido, Des rochers au bord de la mer, Huile sur toile 100×100, Galerie Graal

Lluis Llach est de tous les combats de libération des peuples, ouvert à toutes les cultures surtout minoritaires et opprimées. C’est un rêveur inspiré, sensible, tendre, généreux, parfois cinglant, jamais tragique qui aime à se définir comme le troubadour du peuple. « Moi, le genre humain m’intéresse, dira-t-il, mais l’amour est la fontaine de toutes les eaux. Derrière les utopies, pour lesquelles je combats, il y a forcément de la sensualité, de la complicité« . Lluis Llac rêveur des utopies, espère tout, exige tout, « Nous rêvons toujours, et nous espérons tout, nous avons appris l’art d’attendre, l’art d’espérer en d’interminables nuits d’impuissance, nous savons espérer et nous espérons tout, tout et nous voulons tout, nous voulons l’impossible pour atteindre le possible, nous voulons le possible pour atteindre l’impossible […]. Nous sommes le monde entier et aussi le néant, l’infini tout à coup, et le silence absolu »», nous rappelle-t-il.

3Josep Texido Trois barques Huile sur toile 81x65 Galerie Graal.com

Josep Teixido, Trois barques, Huile sur toile 81×65, Galerie Graal

Lluis Llach a cette voix ample, généreuse, chaude qui se déploie nuancée, souple, douce sur des mélodies magistrales, des textes sensibles, puissants, intenses. C’est souvent que la voix nouée par l’émotion le fera, nous fera trébucher par sa ferveur, sa douceur, sa sensibilité, sa profondeur. La chanson hommage à Laura Almerich, son amie et accompagnatrice, ruisselle d’émotion, de tendresse, Laura émue, bouleversée, vacille aux sanglots de sa guitare, et finit par emporter Lluis Llach dans ses flots…  

Laura

Puisque aujourd’hui je peux t’écrire une chanson,
je me souviens quand tu es arrivée,
pleine du mystère des humbles,
les yeux inquiets, le corps altier.

Et avec le sourire de tes doigts
tu as rempli mes accords de chaque note
de ton nom Laura.

Il m’est difficile d’évoquer tous les lieux
qui ont connu notre angoisse pour le présent,
notre joie pour l’avenir.

Chez nous, au milieu de tant de compagnons
ou dans un triste exil au-delà des mers,
jamais ton souffle n’a manqué, Laura.

Et si le hasard t’emporte au loin,
que les dieux veillent sur ton chemin,
que les oiseaux te fassent compagnie,
que les étoiles te bercent.

Et dans un coin de cette voix,
tant que je pourrais la faire entendre

LAURA

4La lumière Huile sur toile 65x54 Graal

Josep Teixido, La lumière, Huile sur toile 65×54, Galerie Graal

Fraternel, vibrant, insoumis, fidèle, universel, Lluis Llach est un chanteur « intranquille » dont la fière devise de voyageur d’Ithaque est « Allons voir ailleurs si nous y sommes ». Dans ses chansons voyageuses, il y a toujours la vaste mer, et les mouettes, la lumière du soleil et le noir de la nuit, les étoiles, les champs d’oliviers et le thym, l’immensité du ciel et l’amitié des peuples, la lucidité de la révolte et la défense ardente des différences entre les êtres, une poésie qui fleurit son sourire et son regard, une poésie qui porte loin.

Pais petit 

Mon pays est si petit
Qu’en allant se coucher,
le soleil n’est jamais vraiment sûr de l’avoir vu.
Dans leur sagesse les vieilles disent
Que c’est pour cela qu’il revient,
Elles exagèrent peut-être,
Peu importe, c’est comme cela qu’il me plait
Et je ne sais pas quoi dire de plus….
Je chante, et je serai toujours
Malade d’amour pour mon pays.

Mon pays est si petit
Que du haut d’un clocher
On peut toujours voir le clocher voisin.
On dit que les petits villages ont peur,
Qu’ils ont peur de se sentir seuls,
Qu’ils ont peur d’être trop grands,
Peu importe c’est comme cela qu’il me plaît
Et je ne sais pas quoi dire de plus…
Je chante, et je serai toujours
Malade d’amour pour mon pays….

Mon pays est si petit,
Qu’il peut tenir tout entier dans un cœur.
Si jamais la vie nous éloignait d’ici
nous serions comme des contrebandiers
Tant qu’on n’aurait pas découvert
Comment détecter les secrets du cœur.
Et c’est ainsi, c’est ainsi qu’il me plaît,
Et je ne sais pas quoi dire de plus…
Je chante, et je serai toujours
Malade d’amour pour mon pays….

Mon pays est si petit
Qu’en allant se coucher,
Le soleil n’est jamais vraiment sûr de l’avoir vu…

6Josep Texido La mer sous les rayons de soleil Huile sur toile 46x38

Josep Teixido, La mer sous les rayons de soleil, Huile sur toile 46×38, Galerie Graal

Après avoir goûté aux houles de la mer ancestrale, à celle des arrangements symphoniques qui exaltent sa belle voix de velours noir, lui, le méditerranéen absolu s’ouvre aux musiques d’autres cultures, à la fraternité du bassin méditerranéen, les deux côtés de la « maremar » : «Viatge a Itaca», musique catalane grecque et arabe «Un pont de mar blava», une quête et un message de pacification des rapports Nord/Sud, du monde, « Bressol de tots els blaus », « Astres », « Torna », « Poètes »…

Viatge a Itaca

Quand tu entreprendras le voyage à Ithaque
prie pour que le chemin soit long,
plein d’aventures, plein de découvertes.
Prie pour que le chemin soit long,
et nombreux les matins où tes yeux découvriront
un port ignoré,
et nombreuses les villes où tu chercheras le savoir.

Garde toujours au cœur l’idée d’Ithaque.
Tu dois l’atteindre, c’est ton destin,
mais ne force pas la traversée.
Mieux vaut qu’elle dure longtemps
et que tu sois vieux quand tu jetteras l’ancre,
riche de tout ce que tu auras amassé en chemin
sans en attendre plus de richesses encore.

Ithaque t’a donné le beau voyage,
sans elle tu ne serais pas parti.
Et si tu la trouves pauvre, ce n’est pas que tu
te serais trompé.
La sagesse que tu as acquise te permet
de comprendre le sens des Ithaques.

II

Plus loin, vous devez aller plus loin
que les arbres qui vous emprisonnent
et quand vous les aurez dépassés
tâchez de ne pas vous arrêter.

Plus loin, allez toujours plus loin plus loin
que le présent qui vous enchaîne encore
et quand vous serez délivrés reprenez
la route à nouveau.

Plus loin, toujours, beaucoup plus loin, plus loin
que le lendemain qui s’approche,
et quand vous croyez être arrivés,
sachez trouver de nouveaux chemins.

III

Bon voyage aux guerriers
qui sont fidèles à leur peuple.
Que le dieu des vents soit favorable
la voilure de leur vaisseau
malgré leur vieux combat qu’ils trouvent
le plaisir des corps
les plus aimants.
Emplissez les filets d’étoiles convoitées
plein de félicités,
pleins de connaissances.

Bon voyage aux guerriers s’ils sont fidèles
à leur peuple.
Malgré leur vieux combat que l’amour comble
leur corps généreux qu’ils trouvent les chemins
des vieux désirs pleins de félicités,
pleine de connaissances.

(Traduction Montserrat Prudon)
1ère strophe adaptée par L.Llach sur une version de
Carles Riba. 2ème et 3ème strophes, L.Llach

7Josep Texido Tranquillité de la mer Huile sur toile 81x65 Graal

Josep Teixido, Tranquillité de la mer, Huile sur toile 81×65, Galerie Graal

Déjà en 1979, Lluis Lach envisage de se retirer face à l’incompréhension de sa vigueur combative, revient sur sa décision et chante face à un public moins politisé. Il chante à Madrid, après huit années d’interdiction, et à Barcelone. En 2007, Lluis Llach décide à nouveau et définitivement de mettre fin à son odyssée, lui qui a toujours vogué vers divers rivages musicaux. Il annonce sa décision de se retirer de la scène lors de la présentation de son dernier album «I». Il fera ses adieux dans diverses villes, et donnera son ultime concert dans le village de son enfance à Vergès le 24 mars 2007 avant de quitter discrètement la scène.

Vaixell de Grècia

Si vous voyez à l’aube passer un bateau
Embrassant l’onde marine, berceau des dieux,
Faites-lui signe, qu’il puisse nous repérer
Et avec nous, vers le nord, naviguer…

S’il n’a pas de quille, pas de timon, pas de filets,
N’allez pas croire qu’il soit abandonné
Le peuple, toujours, saura hisser la voile
Pour gagner les vagues de peur et de sang

Bateau, toi qui pleures, comme pleure le mien
Toi qui portes, comme lui, la peine et le deuil,
Bateau de Grèce, garde-toi du mauvais sort,
Hisse la voile, nous cherchons le même port !

9Le début de la journée Huile sur toile 81x160 Graal

Josep Teixido, Le début de la journée, Huile sur toile 81×160, Galerie Graal

Ainsi se referme la boucle de Lluis Llach: «Après 40 ans d’une chanson d’amour avec le public, je veux que cette chanson se termine bien, sur un accord défini, propre et magnifique ». Sa chanson, son accord ont été tels qu’il le souhaitait, tant l’émotion du public était intense, irréductible et belle de son chant d’espoir, d’espérance : «Larmes, sourires, chansons, refrains repris en chœur, bougies allumées, banderoles agitées, personne ne voulait croire que viendrait la dernière chanson… puis, après Vergès 2007, Lluís est descendu de la scène et a pris un bain de foule, embrassant ses proches, serrant des mains. C’est alors que le public commença à chanter l’Estaca et Laura en hommage à Laura Almerich, son accompagnatrice et amie

5Josep Texido Les couleurs de la ville Huile sur toile 46x38 Graal

Josep Teixido, Les couleurs de la ville, Huile sur toile 46×38, Galerie Graal

Lluis Llach a laissé derrière lui l’ombre du porte-parole anti-franquiste, de l’identité catalane, de celui qui parle d’un autre monde, celui de tous les jours sans se laisser enfermer dans un culte passéiste. Lluis Llach a entrepris de longs voyages à Ithaque, depuis des ports ignorés, jusqu’aux cités maudites, et la sagesse acquise lui a permis de comprendre qu’il fallait rester engagé du côté du rêve, de la vie quand cette dernière lui faisait mal. 

Vida

Peut-être les mots vont-ils m’abandonner,
ou peut-être est-ce vous qui m’abandonnerez
ou seulement les ans finiront par me laisser
à la merci d’une vague
à la merci d’une vague…
En attendant que tout cela m’arrive,
Car tout cela m’arrivera forcément,
Peut-être ai-je encore le temps de voler un peu
encore à la vie
et de remplir mon bagage
En attendant que tout cela m’arrive…
vie, ô vie !

Je vois encore parfois,
parfois, je vois encore
mes yeux d’enfant qui cherchent
au-delà de la vitre de la fenêtre
une couleur à la Tramontane.
Des voix sensées m’ont déjà dit
qu’il était inutile de me fatiguer,
mais moi, un rêve ne me fatigue jamais
et malgré ma barbe, j’ai toujours le regard d’un enfant…
Par moment, je vois encore …
vie, ô vie !

Si mes mots ont pris un coup de vieux,
Si mes mots ont pris un coup de vieux,
Je vous en prie, fermez la porte
et fuyez la nostalgie d’une voix qui s’éteint.
Sachez que cela ne me fera pas de peine,
Sachez que cela ne me fera pas de peine,
et j’irai de branche en branche
pour écouter ce que chantent
les nouveaux oiseaux de mon paysage.
Non, ça ne me fera pas de peine,
car c’est la vie, vie !

Si la mort vient me chercher.
Si la mort vient me chercher.
Elle peut entrer dans ma maison
mais qu’elle sache, dès maintenant,
que jamais je ne pourrai l’aimer.
Et si avec elle je dois partir,
Et si avec elle je dois partir,
Je veux qu’il ne reste de moi que des vers,
des vers ou de la cendre nue
un accord de mon voyage,
je veux qu’ils chantent ce signe,
vie, ô vie !

Peut-être les mots vont-ils m’abandonner,
ou peut-être est-ce vous qui m’abandonnerez
ou seulement les ans finiront par me laisser
à la merci d’une vague
à la merci d’une vague…
En attendant que tout cela m’arrive…
vie, ô vie …

8Trois barques au coucher du soleil Huile sur toile 81x65

Josep Teixido, Trois barques au coucher du soleil, Huile sur toile 81×65, Galerie Graal

J’ai eu le grand plaisir d’être présente à l’un des récitals de Lluis Llach dans un beau théâtre aux dimensions humaines. Communion et ferveur unissaient l’artiste, ses musiciens et le public. Vibrant, beau, fraternel, universel en dépit de la non compréhension du Catalan dont Lluis Llach disait : « Comme le public ne comprend pas le catalan, je passe l’examen du langage esthétique, à travers la mélodie, la voix, l’émotion. »

1Josep Texido Les barques admirent la mer Huile sur toile 50x100

Josep Teixido, Les barques admirent la mer, Huile sur toile 50×100, Galerie Graal

Josep Teixido

« Lumières catalanes et paysages recomposés de Josep Teixido. Ces toiles ne sont pas de celles à regarder de trop près. Les couleurs vives étalées, les formes passées au prisme géométrique ne délivrent tout leur sens qu’à ceux qui gardent quelques pas de respectueuse distance. Josep Teixido est un peintre catalan qui habite Barcelone. Dans ses travaux, on retrouve sa ville, sa côte, les petits ports à proximité, et toujours des gens. Une expression de la vie et de l’identité de sa région, soulignée par l’absence de noir et la vivacité des couleurs qui cohabitent ou se combattent par les grands contrastes qu’elles provoquent… » Olivier Laffargue, correspondant Centre-Press

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